‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 135 sur 468 · Martha, op. cit. [p. 124, n. i], p. loa ss · texte numérisé non relu

Martha, op. cit. [p. 124, n. i], p. loa ss

crainte de l'Achéron qui trouble jusqu'au fond la vie humaine ^ ». Le sage voit se dissiper toutes les fictions cruelles dont la Fable a peuplé le royaume des épouvantements, et il trouve un calme bienheureux, l'ataraxie parfaite, lorsqu'il s'est débarrassé de cette appréhension de la mort qui hante le vulgaire, répand sur toutes choses un voile lugubre et ne laisse aucune jouissance sans mélange. Quelques réserves qu'on puisse exprimer sur l'ensemble des conceptions d'Êpicure, il a certainement rendu un service éminent en délivrant les esprits des terreurs chimériques de la mythologie du Tartare, comme de l'illusion que le corps continuait à être sujet aux besoins et à la souffrance dans la nuit du tombeau.

Cette doctrine, que Lucrèce avait prêchée avec l'enthousiasme d'un néophyte conquis à ha vraie foi, eut à Rome un vaste retentissement 2. Nombreux étaient dans l'entourage de Cicéron ses adeptes, parmi lesquels Cassius, le meurtrier de César. Salluste n'hésite pas à mettre dans la bouche de César lui-même, parlant en plein Sénat, l'affirmation que la mort, repos des tourments, dissipe les maux des hommes et qu'au delà il n'y a plus ni Joie, ni souci s. Les hommes de science surtout sont portés vers ces théories : Pline l'Ancien, dans un passage célèbre, après avoir déclaré catégoriquement que l'âme et le corps n'ont pas plus de sensations après le décès qu'avant le jour de leur naissance, termine par une apostrophe véhémente : « Malheureux, quelle folie est la vôtre de renouveler la vie dans la mort 1 Où les créatures trouveront-elles jamais le repos, si le sentiment reste aux âmes dans le ciel, aux ombres dans les enfers ? Cette crédulité complaisante nous fait perdre le plus grand bien de notre nature, la mort, et redouble les douleurs de la dernière heure par l'appréhension de ce qui suivra. Si vraiment il est doux d© vivre, pour qui peut-il l'être d'avoir vécu ? Combien plus aisée et plus certaine est la croyance que chacun peut tirer de sa propre expérience, lorsqu'il se représente sa tranquillité future d'après celle qui précéda sa naissance ».

Dans une de ses tragédies, œuvre de jeunesse, Sénèque fait déclamer par le chœur des Troyennes une longue profession de foi du plus pur épicurisme.

1. Lucrèce, III, 38 ss. « Et metus ille foras praeceps Acheruntis agendus / funditus humanam qui vitam turbat ab imo. »

2. Epicuriens à Rome : Zeller, /. c, p. 37a ss. ; Friedlânder, Sittengeschichte, IV ^

3. Sali., Catîl., 51, 20 ; 52, 13. Cf. les nombreuses épitaphes Perpûtuad Securitati ■ Dessau, Index, p. 945.

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