Cf, infra, N. C. (= Note Complémentaire) I
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pouvait plus manifester ; on se le figurait plongé dans une torpeur semblable à celle du sommeil. L'énergie vitale qui l'avait animé, continuait à rester attachée à son corps et ne pouvait subsister sans lui. Cette croyance a été si( puissante en Egypte qu'elle a inspiré toute une partie du rituel funéraire et provoqué des soins infinis pour assurer la préservation de la momie. Mais même en Occident, cette idée instinctive a survécu vaguement, et l'on pourrait de nos jours encore en découvrir quelques traces. Lucrèce i, dans un passage curieux, constate cette ténacité des vieux préjugés qu'Épicure se flattait d'avoir détruits ; il croit devoir combattre cette illusion invincible des hommes, qui, tout en affirmant que la mort .supprime tout sentiment, gardent ime inquiétude secrète des souffrances que leur dépouille sera sujette à endurer et s'apitoient sur leur propre sort à l'idée qu'elle pourrait être dévorée par les vers ou par les cairnassiers : « Ils ne peuvent se séparer d'elle, ils ne se distingent pas de ce corps étendu qu'ils se figurent être encore eux-mêmes. Pourquoi, continue le poète, serait-il plus douloureux d'être la proie des fauves, que d'être rôti par la flamme du bûcher, de geler couché sur la dalle glacée du tombeau ou d'être écrasé sous le poids de la terre entassée. » Mais précisément cette appréhension que la terre puisse oppresser lourdement ceux qui y sont ensevelis, se manifeste chez beaucoup de peuples qui pratiquent l'inhumation, et elle s'exprime à Rome dans ce souhait, si usité qu'on le rappelle dans les épitaphes par de simples initiales : S(it) t{ibt) t{erra) l{evis) ; « Que la terre te soit légère ». Sans doute ce vœu appartenait-il au formulaire des prières que l'on prononçait sur la tombe et son emploi rituel en a-t-il assuré la persistance, même lorsqu'on eut cessé d'admettre la sensibilité posthume qu'elle impliquait. Cependant jusque sous l'Empire il s'est trouvé des philosophes stoïciens pour soutenir que l'âme ne durait qu'aussi longtemps que se conservait le corps ^ et lorsque dans les imprécations on souhaitait que la terre pesât lourdement sur la dépouille d'un ennemi c'est évidemment avec l'idée que celle-ci était exposée à en souffrir 3. Mais l'expérience prouvait que le cadavre se décomposait promptement dans le sol et qu'il n'en subsistait que des ossements décharnés. Lorsque se généralisa la coutume de l'incinération, qui, pratiquée en Italie depuis l'époque préhistorique, fut communément usitée de préférence à l'inhumation pendant les deux