I. Religions orient., p. 39 s
a. Cf. La fin du Monde selon les Mages occidentaux (R. h. rel., CIII, 193 1, p. 00 ss. ; Relig. orient., p. 220, n. , 56.
Nous avons vu combien hésitant et variable était le sentiment du Portique sur la possibilité de l'immortalité consciente. Il n'apportait sur cette question, qui préoccupait de plus en plus les hommes, aucune solution arrêtée et n'avait par suite aucune prise sur des âmes avides d'ime ferme assurance. La suspension du jugement entre le mystère de la naissance et le mystère de la mort est une attitude d'intellectuels, dont les convictions se forment par des arguments rationnels, et qui peuvent même se complaire à s'endormir sur le mol oreiller du doute : elle ne sera jamais celle du commun des mortels dont les passions et les désirs, plus que des raisonnements, déterminent les idées, et dont on ne s'empare que par des affirmations tranchantes constamment répétées*. En réalité la lutte si' est trouvée circonscrite entre la négation des Épicuriens et l'affirmation des Pythagoriciens et des Platoniciens. Après avoir, à l'époque hellénistique, remporté des succès éclatants et conquis une multitude d'adhérents, l'épicurisme vit sous les empereurs le nombre de ses adhérents diminuer progressivement. Sans doute sous les Antonins on compte encore de nombreux sceptiques, comme Lucien de Samosate, dont l'ironie bafoue toutes les croyances religieuses ; mais l'école n'a plUs de maîtres marquants et deux siècles plus tard elle s'est éteinte^. Nous n'avons pas à considérer ici les causes générales de son déclin n\ la part qu'eut à son discrédit la faiblesse de la physique du philosophe athénien, à qui Posidonius reprochait di'avoir été « plus aveugle qu'une taupe » ^. Mais l'on peut, pensons-nous, affirmer que si cette secte fut abandonnée, la cause en fut surtout dans sa négation de la vie future, qui était le trait le plus saillant de tout son système, celui qui le caractérisait aux yeux de la foule. C'est le point où il était le plus vulnérable, celui qui était le plus attaqué. Son opposition irréductible à toute idée d'immortalité a été combattue avec force et lucidité par les écoles rivales, celle des Académiciens et celle des Stoïciens. Plutarque utilise dans un de ses traités les principaux arguments de cette polémique*.
Pour Épicure l'univers s'est constitué par des tourbillons d'atomes, qui se sont agglomérés en vertu de lois purement mécaniques. L'âme, nous l'avons
1. Cf. Rousseau, Profession de foi du vicaire savoyard (début) : «Le doute sur les choses qu'il nous importe de connaître est un état trop violent pour l'esprit humain. Il n'y résiste pas longtemps, il se décide malgré lui de manière ou d'autre, et il aime mieux se tromper que ne rien croire. » Cf. Cicêron, De senect., XXIII, 85 ; "Cusc, 1, XVI, 39-40.