CHAPITRE III. — L'IMMORTALITÉ CÉLESTE
astres, et cette « parenté » lui permet d'entrer en communication avec eux. La contemplation de leur beauté, la connaissance qu'elle procure de leur nature et de leurs révolutions, fait participer l'hçmme ici-bas à la félicité des Bienheureux. Elle est pour lui une anticipation de la béatitude que l'âme obtiendra lorsque délivrée des liens de la chair, elle s'élèvera au sommet des cieux. Toutes ces pensées mystiques de Platon, développées par ses successeurs immédiats, Aristote dans ses œuvres de jeunesse', Héraclide Pontique^, Xénocrate", Crantor*, devaient se transmettre d'âge en âge ^ et exercer leur action sur les siècles postérieurs, bien au delà de la fin de l'antiquité.
Mais notre propos n'est point d'étudier ici l'histoire de l'immortalité astrale dans l'ancienne philosophie grecque : il est de la suivre pendant la période romaine. Nous avons rappelé précédemment (p. iio) qu'à l'époque alexandrine l'Académie, infidèle aux doctrines de son fondateur, aboutit au doute méthodique^ et aucune doctrine ne lui parut plus hypothétique que celle qui prétendait éclaircir le mystère de l'au-delà.
L'héritage de Platon fut recueilli par les Néopythagoriciens, qui firent de lui, non sans quelque apparence de raison, le disciple du Maître, qu'ils vénéraient comme le Sage par excellence. Ce furent eux qui, dans une société devenue sceptique, se firent les défenseurs, les propagateurs et les rénovateurs de la croyance à l'immortalité céleste. Après l'avoir prêchée dans l'Egypte ptolémaïque, ils devaient l'enseigner aux Romains.
Lorsqu'après le IV^ siècle l'école scientifique de l'ancien pythagorisme déclina en Italie, la secte s'y perpétua obscurément dans des conventicules mystérieux, sorte de franc-maçonnerie dont l'action à l'époque hellénistique se laisse difficilement mesurer ou circonscrire. Elle reprit une puissance nouvelle à Alexandrie^ous les Ptolémées®. Dans cette métropole où se mêlaient tous les courants de l'Europe et de l'Asie, le pythagorisme adopta alors bien des idées étrangères à l'enseignement du vieux maître de Samos, devenu une figure légendaire, dont déjà au temps d' Aristote on savait peu de chose de certain''. L'école n'avait pas eu, ce semble, jusque-là, une théologie nettement