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CHAPITRE III. — L'IMMORTALITÉ CÉLESTE

çonneux, à qui tous les philosophes étaient suspects, il jouit au contraire d'une faveur singulière auprès de ses successeurs. L'on a pu relever des traces indubitables de la propagation du pythagorisme en Asie Mineure, où le pseudo-prophète de Lucien, Alexandre d'Abonotichos, se conformait à ses doctrines dans les oracles qu'il rendait \ En Occident, peut-être cette philosophie avait-elle, dès une date ancienne, pénétré en Gaule et été connue des Druides 2, La preuve la plus éclatante de sa diffusion nous est fournie, nous espérons avoir pu le démontrer, par la sculpture funéraire qui, pendant des siècles, pour le choix de ses sujets et pour la manière de les traiter, s'est inspirée de ces allégories par lesquelles les ' Pythagoriciens donnaient aux vieilles légendes de la mythologie une signification conforme à leur éthique et à leur eschatologie.

La tradition littéraire de lai secte se maintint jusqu'au llie siècle où elle fut absorbée par le née platonisme ; Numénius servit pour ainsi dire de transition de l'une à l'autre . A une époque de syncrétisme, l'originalité de cette philosophie résidait moins dans sa doctrine que dans ses observances ; et quand ses conventicules furent dissous, elle se fondit aisément dans l'école qui se donnait comme sa continuatrice. De fait le pythagorisme avait exercé une action puissante, non seulement sur les théories de Posidonius et de Plotin, mais aussi sur les cultes orientaux répandus sous l'Empire.. Il avait donné le premier type de ces mystères savants où la connaissance ou « gnose » était à la fois la condition et le but de la sanctification*.

Ce serait en effet une erreur de considérer le pythagorisme comme une pure philosophie, tels que le furent l'épicurisme ou le stoïcisme. Ses sectateurs formaient une église plutôt qu'une école, un ordre religieux et non une académie des sciences ^': Une découverte récente faite à Rome * nous a appris qu'ils se réunissaient dans des basiliques souterraines construites à l'imitation de la caverne de Platon', où les hommes enchaînés ne voient, selon le granid

1. Cf. R. H. Rel., igi2, LXXXVI, p. 202-210 j Symbol.^ p. 33. Cf. la pierre tombale <Je Philadelphie citée infra, ch. VI. — Héliodore d'Émèse, éd. Badé, p. XV.

2. Diodore, V, 28, 6 ; Ammien, XV, 9, 8 ; Val. Max., II, 6, 10 5 cf. R. E. s. v. « Druidae », col. 1733 ; Symbol., p. 213.

3. Sur Numénius, cf. infra, ch. VIII, p. 344. 4. Sur la gnose, cf. infra, ch. V, p. 236.

5- Fowler Religions expérience, p. 380, cf. ; Festugière, R. E. G., 1937, L, p. 476 ss., et Hermès 72rism. I, p. 15 ss.

6. Rev. archéol., 1918, VIII, p. 52 ss. ; Carcopino, Bas. Pyth., p. 206 ss. 7- Platon, Rép., VII, p. 514.

idéaliste, que les ombres des réalités supérieures. Un sacrifice de fondation, celui d'un cliien et d'un porcelet, avait précédé la construction. Presque toute sa décoration est empruntée à la mythologie grecque ou aux cérémonies des mystères. Des rites secrets, des purifications variées y étaient pratiqués ; on, y chantai': des hymnes accompagnés d'une musique sacrée, et d'une chaire placée au fond de l'abside, les docteurs communiquaient aux fidèles un enseignement ésotérique. Ils leur faisaient connaître ces symboles où sous une forme énigmatique étaient suggérées les vérités de la foi et les préceptes de conduite, révélés autrefois par Pythagore et les autres théologiens. Ils interprétaient par des allégories psychologiques ou eschatologiques les légendes du passé et surtout les poèmes homériques.' Ils imposaient, en commandements précis, une règle de stricte observance, qui embrassait tous les actes de l'existence quotidienne. A l'aurore il fallait, après avoir offert un sacrifice au soleil levant^, fixer l'emploi de la journée; chaque soir, procéder à" un triple examer: de conscience et à un acte de contrition, si l'on avait péché par action ou par omission 2. Le croyant s'astreignait à un régime puremen,t végétarien, à de multiples abstinences, à des prières répétées, à de longues méditations. Cette morale austère et circonstanciée devait assurer le bonheur et la sagesse ici-bas, le salut dans l'au-delà.

La pratique d'un ascétisme rigoureux, qui caractérise éminemment l'éthique des Pythagoriciens, est une conséquence logique de leur système doctrinal. Ils sont tous d'accord pour affirmer que le principe qui anime notre organisme est apparenté à Dieu et par suite immortel. Toujours la génération est regardée par eux comme une déchéance et un péril. Enfermée dans le corps comme dans un tombeau, l'âme court le risque de s'y corrompre et même d'y périr. Notre labeur terrestre est une lutte incessante contre les tribulations infligées par la matière perpétuellement agitée. Un pessimisme foncier regarde donc la vie ici -bas comme une épreuve et un châtiment ; les fautes commises dans des existences antérieures amènent des renaissances de plus en plus basses dans l'échelle des êtres ; un dualisme radical oppose le corps à l'essence divine qui y réside. Le souci constant du sage sera d'empêcher son âme d'être polluée par le contact avec la chair. Il s'abstiendra de viande et d'autres mets qui pourraient la corrompre ; une série de tabous la protégera

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