CHAPITRE III. — L'IMMORTALITÉ CÉLESTE
jamais été le sectateur rigoureux d'aucun système dogmatique. Il prétend garder à l'égard des sages qu'il admire^ l'indépendance de son jugement * . S'il condamne l'hédonisme des Épicuriens, il ne s'est pas fait faute de citer et de louer Épicure ^. Il a concédé au scepticisme de l'Académie que, dans sa poursuite de la vérité absolue, l'intelligence humaine en ce bas monde n'atteint que la vraisemblance ^. Dans sa première jeunesse, il s'était épris passionnément de l'ascétisme de Sotion, au point de pratiquer son végétarisme*. La largeur de son esprit conciliant l'inclinait aussi à céder à, la séduction de ces perspectives radieuses que Pythagore et Platon avaient ouvertes sur la destinée future de l'âme. Mais Juste Lipse a déjà relevé les variations de Sénèque sur l'article de l'immortalité ^. Pas plus sur ce point que sur les autres, ce moraliste du grand monde ne s'est beaucoup soucié d'être toujours conséquent avec lui-même, et il n'a jamais prétendu présenter un système logiquement cohérent. Il serait aisé de noter le flottement de sa pensée ondoyante dans ses épîtres, écrites sous l'impression du moment. Pour combattre la crainte du trépas, il n'hésite pas à invoquer l'argument épicurien que nous retombons après cette vie dans l'insensibilité qui précéda notre naissance. Ou bien il reprend l'alternative célèbre de Platon : la mort est une fin ou un passage". Ailleurs, il présentera la survie de l'âme comme une simple hypothèse'', ou comme un beau rêve*. De fait, il n'a pas cru qu'elle fût strictement démontrable ; mais, puisque selon lui, à défaut de la connaissance du vrai, l'esprit humain devait se contenter du vraisemblable, cette doctrine se recommandait suffisamment à ses yeux, comme celle de l'existence des dieux, par le consentement universel des peuples ^ et par l'approbation des sages éminents qui l'avaient enseignée'". S'il repoussait, comme tous les Stoïciens, les fables du
1. Episf., 45, 4. Cf. Martha, Les moralistes sous l'Empire romain, 8^ éd., p. g ss, ; Barth-Goedeckemeyer, Die Stoa^^ 1940, p. 154.
2. Cf. l'index de l'édîtion Haase, s. v. « Epicurei », « Epicurus ».