CHAPITRE m. — L'IMMORTALITÉ CÉLESTE
terre, dit 'un Upanishad, vont dans la lune ; l'haleine de ces morts l'enfle pendant la première moitié du mois. De même selon les Manichéens, durant le croissant, le disque de la lune se gonfle d'âmes, conçues comme lumineuses, qu'il puise sur la terre, et, pendant le décours, il les transvase dans le soleil. Ou bien, usant d,^ime image bien antérieure à lui, Mani disait encore que la barque de la lune, qui vogue dans le ciel, se chargeait d'âmes qu'elle transbordait chaqu,e mois su,r le vaisseau , plus grand du soleil ' .
La connexion qu'on établissait entre la lune et l'idée d'immortalité dans les religions syro -puniques se manifeste en Afrique par l'abondance extraordinaire des monuments funéraires qui portent le symbole du croissant, soit seul, soit associé au disque solaire et à la planète Vénus ^ : ces symboles astraux sont identiques à ceux dont se servaient déjà les Babyloniens, créateurs de la triade Sîn, Shamash, Ishtar. Mais ce n'est pas seulement chez les peuples sémitiques que nous trouvons sur les tombeaux le croissant, soit isolé, soit accompagné d'autres figures : il est d'une fréquence particulière en pays celtique, et l'on a démontré que cet emblème de la lunule n'y est ni d'impoartation romaine, ni d'origine germanique, mais appartient au vieux fonds de la religion indigène. Il est possible que les Druides aient placé dans la lune l'autie monde, V or bis alms\ on les hommes poursuivaient une existence que la mort n'interrompait point; mais l'examen des monuments montre qu'aux traditions autochtones se sont probablement mêlées en Gaule les doctrines orientales des mystères de la Grande Mère, et peut-être aussi celles du pythagorisme.
Pour le soleil, rme croyance fort ancienne voulait que les morts l'accompagnassent dans sa cou,rse et descendissent avec lui des confins occidentaux de la terre dans le monde souterrain '. C'est là que l'astre affaibli recouvrait ses forces pendant la nuit, c'est là aussi que les défunts devaient être revivifiés. On sait quelle fut la puissance de cette foi dans l'ancienne Egypte '' : lés âmes montaient dans la barque de Râ et, après avoir parcouru avec lui le cercle à,u ciel, s'enfonçaient avec lui dans la région inférieure par une fente de la
1. Symbol., p. 178 ss.. Transformation morale de cette croyance dans le mazdéisme : Darmesteter, Zend-Avesta, Yasht VII, t. II, p. 408, n. 4.