Cf. Symbol., pp. 167, 184, 188 j su-pra, p
les Champs Elysées, les prairies de l'Hadès, où étaient admis les Elus. Dans ce séjour sélénien, comme, selon Homère, dans les îles Fortunées, les héros se reposaient à jamais, et Pythagore lui-même s'y réjouissait au milieu des sages, avec Orphée et Platon*. Perséphone, assimilée à Artémis, régnait sur ce royaume des ombres heureuses. La lune, comme cette déesse infernale, ne se transportait- elle pas alternativement au-dessus et au-dessous de la terre ?, Les planètes étaient les chiens de cette chasseresse toujours en course, qui autour d'elle battaient en tout sens les champs de l'espace^.
A tous égards l'astre nocturne, destiné à recevoir les âmes les plus hautes, était supérieur à notre globe terrestre "*. Les auteurs d'apocalypses pythagoriciennes peuplèrent les montagnes et les vallées lunaires d'animaux fantastiques, plus robustes que ceux de notre faune, y firent croître ydes plantes étranges, plus vigoureuses que la flore d'ici-bas. Les séléniens, nourris des vapeurs de l'atmosphère, n'étaient point, selon eux, soumis aux besoins humains. Pans son Histoire Véritable, Lucien a parodié ces folles imaginations avec une outrance comique et une obscénité bouffonne*.
A côté des Néopythagoriciens, les Stoïciens éclectiques, et en particulier Posidonius, firent à l'eschatologie lunaire une place dans leur système, et ils entreprirenr de la justifier par les doctrines physiques du Portique. Suivant eux, nous l'avons vu (p. 114), les âmes, souffles ignés, s'élèvent en vertu de leur légèreté même à travers notre atmosphère épaissie par les brouillards et les nuages, vers les feux subtils du ciel ^. Leur ascension ne se fait point sans obstacle : l'air, l'eau et le feu forment des zones concentriques, toujours en mouvement autour de la terre pesante et stable. En traversant ces éléments superposés, les âmes sont ventilées, lavées, brûlées, et ainsi purifiées et délestées du poids de leurs souillures — nous aurons à revenir sur ce purgatoire aérien®. Lorsqu'elles atteignent la région supérieure de l'atmosphère, elles y trouvent, dans l'éther qui environne la lune, un gaz léger et chaud, semblable à leur propre substance, et elles y demeurent en équilibre. Conçues comme matérielles et de forme sphérique — car la sphère, la plus -parfaite des formes, convient à la divinité^ — elles sont nourries, ainsi que les astres,