CHAPITRE III. — L'IMMORTALITÉ CÉLESTE i
par les exhalaisons qui montent du sol et des eaux. Ces globes innombrables d'un feu doué d'intelligence, forment un chœur animé, évoluant autour de l'astre des nuits. Les Champs Elysées ne se trouvent pas, selon cette théorie, sur la lune elle-même, qui cesse d'être l'habitat des héros, mais dans le fluide ardent et pur qui environne celle-ci et où ne pénètrent que des âmes pures comme lui'. A ces âmes d'élite, qu'ont divinisées leurs vertus, est réservée une demeure sublime, « là où l'air obscur qui s'étend de la terre jusqu'au cours de la lune, vient toucher les cercles étoiles ». C'est ici que Lucain fait vivre les Mânes de Pompée^, promu au rang de demi-dieu, ici aussi que siège, « sinon dans les astres, tout proche cependant des astres », le père de Trajan^ ; et tout à la fin du paganisme, l'fempereur Julien, au début de sa satire des Césars, se figure ceui-ci banquetant, comme il convient, à un niveau inférieur au festin des dieux, qui se réunissent au sommet du ciel : « Il parut bon, dit-il, qu'ils dînassent dans l'air supérieur, exactement sous la lune ; la légèreté du corps dont ils étaient revêtus et aussi la révolution de cet astre les y, soutenaient » *.
Cette zone, la plus basse des sept sphères planétaires, où l'éther serein confine à notre atmosphère embrumée, est la frontière entre le monde des dieux et celui des hommes, « l'isthme entre l'immortalité et la génération » s, la ligne de démarcation entre la vie bienheureuse et cette mort qu'est en réalité notre existence ici-bas. Aristote avait déjà fortement marqué la distinction entre les deux moitiés de l'univers, l'une active, l'autre passive, les cieux que remplit un éther inaltérable, qui ne sont soumis ni au devenir ni à la corruption^ et notre monde sublunaire composé de quatre éléments où tout naît, se transforme et meurt. Néopythagoriciens et Néostoïciens, insistant sur cette opposition, se plurent à faire saillir le contraste entre la splendeur et