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CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS 19 S

l'âge homérique voulait que le Tartare fût ténébreux, ou, pour parler plus exactement, sans soleil {àvqkioi) Les premiers théologiens qui firent de l'hémisphère inférieur le domaine de la mort le croyaient enténébré par une nuit ininterrompue, plongé dans une obscurité sinistre et glaciale (p. 193).

Mais lorsque l'astronomie enseigna que le luminaire radieux dont nous suivons la route de l'Orient à l'Occident, accomplissait dans le ciel ime révolution complète autour de la terre, dont il éclairait et échauffait successivement toutes les parties, l'idée d'un Hadès obscur situé dans V hypogeion devint insoutenable. Pour ne pas abandonner cette foi, certains esprits obstinés soutinrent que les physiciens se trompaient et que le soleil allumait ses feux chaque matin pour les éteindre chaque soir. La tradition ancienne reçut un appui inespéré d'Épicure^ qui, conformément aux principes de sa physique, admit que le soleil était formé d'atomes, qui s'aggloméraient et s'enflammaient à l'aube pour se disperser à la fin du jour. Ainsi, même des esprits instruits pouvaient hésiter, et Virgile* n'ose prendre position : ou bien dans l'hémisphère inférieur règne le silence d'une nuit perpétuelle, ou notre crépuscule est l'aurore de cette moitié du monde, et inversement. La révolution nocturne du soleil n'était qu'une théorie que ne corroborait, aucune preuve expérimentale, puisque personne n'avait encore pu suivre de ses regards la course de l'astre du jour dans un ciel ignoré, lorsqu'au- delà de l'Océan lointain il s'abaissait sùus l'horizon.

L'opinion aventureuse qu'avait soutenue Êpicure fut réfutée victorieusement par les hommes de science. Les astronomes en démontrèrent l'absurdité en faisant observer que le soleil se lève et se couche, suivant les lieux, à des heures différentes, et qu'il faudrait dès lors supposer une multitude d'embrasements et d'extinctions successives ^ Ptolémée repousse dédaigneusement, comme étant le comble du ridicule, l'hypothèse que les astres s'enflamment et s'obscurcissent chaque jour, à des moments variables sous les divers climats *.

Dès lors la doctrine d'un Hadès situé dans l'hémisphère inférieur, imaginée pour mettre d'accord la vieille mythologie grecque avec les notions enseignées par l'astronomie, était devenue insoutenable par suite des progrès de l'astronomie elle-même, et pour la combattre, les apologistes chrétiens s'emparèrent

1. Servius, Georg., I, 247 ; É11., XV, 584 = Usener, Epicurea, fr. 346.

2. Virg., Georg., I, 247 ss. : « Aut intempesta silet nox/ semper et obtenta densentur îiocte tenebrae ;/ aut redit a nobis aurora diemqLue reducit. » Cf. Servius, Georg., I, 243; Probus, Georg., I, 23g et 244.

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