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CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS

tion des planètes'. Le cycle de la génération (xux/loç yevéoreojç), étemel comme les révolutions des astres, enferme l'esprit dans la matière et replonge périodiquement l'âme dans la glaise qui la contamine'-.

Cependant pour les Orphiques et l'ancien pythagorisme la croyance à la métempsycose n'excluait pas la foi en la descente des ombres dans l'Hadès''' : suivant eux elle s'y associait. Nous l'avons vu précédemment (p. 67), le criminel, plongé dans une mare de boue ou soumis à d'autres supplices, est à la fois châtié et purifié dans le Tartare. Son âme y demeure jusqu'au moment où elle remonte à la lumière pour être réintroduite dans un nouveau corps d'homme ou d'animal. Certains anciens distinguaient la doctrine de la réincarnation ou, pour trsduire exactement le mot grec, de la « réincorporation » (a£T;£Vo-ti)p,àTa)a-tç) et celle de la renaissance ou palingénésie [nyjki.yytvt'jia.]' . Ce dernier mot n'est pas pris ici au sens stoïcien de retour éternel des choses, d'une série de cycles cosmiques où se reproduisent exactement les mêmes phénomènes (p. 114). Il désigne une suite de transmigrations séparées par des intervalles. Dans la première espèce de métempsycose, il n'y a point à proprement parler de renaissance, puisque l'âme ne quitte pas la terre, mais y accomplit sans trêve sa marche ininterrompue à travers le monde vivant. Selon cette seconde théorie au contraire, elle ne reprend pas immédiatement un corps. Le processus est discontinu. Elle reste désincarnée durant une longue période d'années — pour Virgile comme pour Platon, leur nombre est de mille* — et elle mène ainsi une existence double, dont ses passages sur la terre n'occupent qu'une faible portion. Elle n'échappera à cette suite de stations dans le monde supérieur et de relégations dans les Enfers, à cette alternance de la vie et de la mort, que lorsqu'elle aura été lavée de toutes ses souillures. Alors seulement elle remontera vers la lumière céleste dont elle était primitivement descendue, pour y jouir éternellement d'une félicité divine.

Si au contraire durant ses pérégrinations sur la terre l'homme s'adonne aux plaisir des sens, son âme s'attache à son corps. Elle ne peut d'abord se séparer

1. Vhéol. solaire, p. 17 [463] ss. Cf. Sotion dans Sénèque, Epist., 108, ig : « Nec tantum caelestia per certos circuitus verti, sed animalia quoque per vices ire et animos per orbem agi ».

2. Cf. Rohdie, II, 123 ss. = tr. fr. p. 364 ss. ; Jos. Kroll, op. cit., p. 272. 3- Servius, En., III, 68. — Cf. Dieterich, Nekyia, p. 143 s. ; Rohde, tr. fr. p. 374,

J^' 3 j J- Dey, naXiYY£V£<îîa. Religions gesch. Bedeutiing von "Cit. 3, 5 (Neutest. Abhandl., XVII), Munster, 1937.

4. Platon, Républ. 615 ; Phèdre, 249, a ; Virgile, En., 748 ; cf. Chalcidius, 136. — '^elon les Commenta Bern. Lucani, IX, i (p. 290, Usener"), 462 ans.

du cadavre et erre plaintive autour de lui, regrettant les jouissances qu'elle a perdues. Elle désire rentrer dans cette chair qui a été pour elle l'instrument de la volupté ; elle recherche cette demeure qui lui permettra de retrouver ses habitudes sensuelles, devenues pour elle une seconde nature i. Aussi, quand les temps sont accomplis, est- elle saisie d'un amour irrésistible pour ce corps éjpais où elle doit s'enfermer. Une fascination semblable à un charme magique l'attire vers cet objet de ses vœux, qui fera son, malheur 2. La fatalité qui la pousse à s'incarner et à souffrir est regardée ici moins comme une loi inéluctable de l'univers que comme une nécessité interne, un destin que l'âme s'est à elle-même créé. \Janankè n'est plus ici cosmique, mais psychique. Un buste de Platon, trouvé à Tibur, porte cette sentence du Maître : « On est responsable de son choix. Dieu en est innocent » 3.

Ainsi les maux que subissent les âmes ne sont pas imputables au créateur mais à leur propre malice. Toute tendance vicieuse contractée pendant leur existence corporelle a pour elles des conséquences redoutables par leur durée. La perversion du caractère produit des effets funestes non seulement dans cette vie mais dans plusieurs autres à travers les siècles. L'homme détermine par ses dispositions acquises son propre avenir dans une suite de générations. La corruption qui le gangrène lui interdira d'aspirer à une vie céleste et lui fera préférer une renaissance terrestre. C'est à ces doctrines que fait allusion Virgile lorsque dans l'Enéide il nous montre les ombres rassemblées dans un lieu écarté des Champs-Elysées et nous révèle qu'un millénaire étant révolu, un dieu les appelle vers le fleuve Léthé en grande troupe, afin qu'elles y boivent l'oubli du passé et « recommencent à vouloir entrer dans des corps »'^.

Mais la combinaison des supplices du Tartare, maintenus par respect pour la tradition, et des peines de cette vie, qui exilait l'âme de sa patrie céleste pour la plonger' dans un monde sordide et douloureux, était en réalité superfétatoire. Les secondes suffisaient à sauvegarder les droits de la morale et les règles de la justice, et elles rendaient superflus les premiers. Déjà Empédocle, qui fait passer les âmes coupables dans des formes d'hommes, d'animaux

1. Macrobe, Somti. Scip., I, g, 5 ; Porphyre, De Styge, dans Stobée, Ed. I, 445, 25; De regr. anim., fr. 11 (p. 40, 5, Bidez) ; CI. Mamert., II, 3 = Philolaûs, fr. 22^ T^orso^r., P, p. 149, 3. Cf. Symbol., pp. 21, n. 4 ; 265, n. 2 ; 364, n. 4.

2. Plotin, IV, 3, 13; cf. C-R. Acad. /«5cr., 1930, p. 100, n. 6, et f»/y«, ch. VIII, p. 352-

3. I. G. XIV, 1196, Akîa kXop.îvqi, ô 6E0Î o..va!-io.', Cf. Platon, Réf., X, 617 C; Lois,

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