CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS
ou de planteSj ne mentionne pas les tourments et les terreurs de l'Hadès, tout au moins dans les fragments conservés de ses poèmes, et la station sur la terre paraît avoir déjà été pour lui le vér'itable enfer 1. Quand la critique philosophique, en particul'ier celle des Épicuriens et des Stoïciens, eut rendu inacceptable pour tout esprit cultivé la foi en l'Hadès mythologique (p. 127), même des Pythagoriciens rejetèrent les fables qui avaient cours au sujet du Tartare. Au premier siècle avant notre ère, nous voyons le Pseudo-Timée de Locres déclarer que ces récits sont des fictions — salutaires il est vrai — inventées par Homère pour détourner du mal ceux que la vérité n'aurait pas suffi à maintenir dans la bonne voie 2. De même, dans le discours que les M.ètam.or{phoses d'Ovide prêtent à Pythagore ^, celui-ci rassure les esprits craintifs que hante la terreur de l'au-delà. « G genre humain, que consterne l'effroi d'être glacé par la mort, pourquoi redoutez-vous le Styx ? pourquoi des ténèbres infernales et des noms vides de sens, matière à poésie, et périls d'un monde fictif ? Les âmes sont exemptes de la mort, et toujours abandonnant leur siège antérieur, elles vivent dans de nouvelles demeures. Tout change, rien ne périt, le souffle vital circule, il va et vient deci delà, et se saisit à sa guise d'organes divers ; des bêtes il passe dans des corps humains, du nôtre dans ceux des bêtes, et jamais il ne se perd »,
On reconnaît dans ce développement, où Ovide semble avoir mis en vers la prose de Varron, l'influence du panthéisme stoïcien, qui insiste sur l'identité des âmes particulières avec l'âme universelle dont elles sont des parcelles. Dans cette forme de la métempsycose il est fait abstraction d'un empyrée, où siège un Dieu transcendant, que les âmes aspirent à retrouver, comme d'un Hadès obscur où elles doivent être reléguées*. Dans toute- la nature la vie est éveillée par un même principe divin qui passe d'être en être en animant leurs formes diverses*, et ce qu'on appelle mort n'est qu'tine migration. Le nombre des âmes qui peuplent ainsi la terre est, selon certains théoriciens, déterminé dès l'origine ^ ; lelles changent de résidence, mais non de caractère,
1. Cf. sur ces vers obscurs, Rohde, tr, fr. p. 409, n. 3 ; Tertullien, De anima, %%.
2. Tim. Locr,, 17, p. 104 A; cf. R. E., s. v. «Timaios», col. 1221. Idée analogue ehes; Polybe, cf. sufra, p. log.