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CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS

cavernes avec les serpents, porte des fardeaux comme les bêtes de somme ou se nourrie de chair crue comme les carnassiers*. La doctrine de la transmigration faisait violence à la fois aux convictions de la majorité des penseurs et aux sentiments instinctifs de la multitude. Tout porte à croire qu'elle fut aux premiers siècles de l'Empire la doctrine de cercles restreints d'initiés et d'une petite minorité de philosophes. Son côté pittoresque put plaire à des poètes " et prêter à des développements littéraires. Mais la métempsycose ne fut jamais dans le monde romain, commue dans l'Inde, la foi vivante qui dominait les pensées et dirigeait les actions d'une large portion de la société. Etrangère au judaïsme orthodoxe *, elle fut dès l'origine combattue par l'Eglise* : elle était en contradiction avec le dogme de la résurrection de la chair, suivant lequel l'âme, en se réunissant au corps, ne subit pas tme épreuve transitoire et n'est pas placée dans un état misérable, mais trouve au contraire l'accomplissement suprême de sa destinée. Origène, il est vrai, avait donné de cette résurrection des morts une interprétation philosophique qui en fait la supprimait^', et l'on conçoit qu'il ait pu rénover la doctrine de la métempsycose en l'adaptant à son système de l'apocatastase ou réintégration finale'. Suivant cette conception les âmes légères, qui accompagnaient les révolutions des cieux, ont pu pencher vers le mal et être précipitées dans un corps" humain, puis, s'alourdissant encore et privées de la raison, descendre dans des animaux, enfin, perdant même leur sensibilité, participer de la vie des plantes. Mais un mouvement inverse les fera plus tard remonter successivement par les mêmes degrés jusqu'à leur séjour céleste. Ces spéculations audacieuses ne purent survivre à la condamnation de l'origénisme, et la transmigration fut rayée du credo, de l'Europe chrétienne. Elle est redevenue au Xixe siècle une doctrine cardinale des théosophes, qui se sont inspirés à la fois du samsara hindou et des Néoplatoniciens.

I. Grég. de Nysse, De anima (PG-, XL VI, p. iio B). Cf. Théodoret, Graec. aff. curae (PG., LXXXIII, 1106 C).

z. Cf. sufra, p. 203, n. 4.

3. Schurer Gesch. Jûd Volkes im Zeitalter ]. C, II, p. 391. Admise par les Cabbalistes : Hastings Enc. s. v. « Transmigratioa » (Jewish), p. 435.

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