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CHAPITRE IV. ~ TRANSFORMATIONS DES ENFERS

(admises dans les Enfers, et se voir condamnées à errer misérablement 1. Les tablettes d'exécration, par lesquelles on voue un ennemi au malheur, font souvent iriention du royaume infernal ou des divinités qui y régnent. Hadès y apparaît 'dans l'île de Chypre comme le roi « de toutes les Erinnyes » ou des « démons silencieux » ^. Pareillement dans les papyrus magiques d'Egypte l'idée est souvent exprimée que les défunts s'enfoncent dans des gouffres ténébreux, et y, dev^iennent des démions, que le nécromant fait remonter à la surface par ses incantations '. En Grèce miême, où la critique rationaliste avait pénétré beaucoup plus avant dans le peuple, Plutarque, tout en assurant que peu de gens redoutent encore Cerbère, le sort des Danaïdes et autres épouvantails de l'Hadès, ajoute que par crainte de pareilles peines on a recours à des incantations et à des initiations*^

Il faut en effet ten'ir qompte ici de l'influence conservatrice de certains cultes et de certains mystères. Mèn le Grand, le dieu lunaire d'Anatolie, était adoré comme céleste et souterrain Oùpàvioç et KaTaji^ôcvioç; il régnait au ciel et sur le monde inférieur, et les Asiates qui émigrèrent à Rome ne cessèrent évidemment pas de croire qu'il était le maître de l'empire des ombres^. Les fresques des sectateurs de Sabazius près du cimetière de Prétextât nous montrent la défunte V'ibia enlevée par Plu ton et descendant {discensio) dans la demeure profonde où elle est admise au festin des âmes pieuses ^. Nous montrerons plus loin (p. 236) comment les mystères, qui furent en général conservateurs du passé, ne répudièrent que tardivement la vieille conception d'un royaume souterrain des morts.

Cette croyance à l'existence des Inferi, qui se maintenait dans les couches profondes du peuple, bien que battue en brèche et çn partie supplantée par d'autres doctrines, devait recevoir une force nouvelle de la renaissance du platonisme, qui considérait comme inspirés les écrits du divin Maître. Dans plusieurs de ses dialogues Platon parlait avec tant de précision du transfert des âmes dans les entrailles de la terre, que même la subtilité de ses interprètes tardifs éprouvait quelque peine à donner au texte une autre portée, bien que

1. Dessau, 8190 : « Nec superis comprobetur, nec inferi recipiant » -, cf. 8184, et N. C, III. Cf. Dittenberger 3, 1241.

2. AudoUent, Defixionutn tabellae, 1904. Index, p. 461 ss. ; A. Religws. XXIV, p. 178.

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