CHAPITRE IV, — TRANSFORMATIONS DES ENFERS
philosophes grecs ont été conduits à admettre ce que leurs prédécesseurs rejetaient. Ils subissent, parfois à leur insu, une influence religieuse. Le platonicien Celse croyait aux peines éternelles de l'Enfer, mais il invoque pour appuyer cet article de foi l'autorité de « mystagogues et de théologiens » 1. L'opposition entre les obsqures retraites des Mânes et les demeures éclatantes de l'Olympe est ancienne, et elle s'est naturellement accusée à mesure qu'on crut davantage, d'abord que les héros, puis que tous les esprits vertueux s'élevaient vers les espaces éthérés. Mais la religion qui formula avec un enchaînement rigoureux la doctrine d'une antithèse absolue entre le royaume lumineux, où siège l'Etre suprême avec, les divinités célestes, et le domaine ténébreux de l'Esprit mauvais et de ses démons maléfiques, fut le mazdéisme perse. L'empyrée, resplendissant de clarté, où trônaient les dieux, devait être le séjour des fidèles qui les avaient pieusement servis. Au contraire les mécréants qui avaient contribué à répandre le Mal sur la terre, devaient être précipités dans les sombres abîmes où régnait Ahriman. Le dualisme iranien imposa cette conception à une partie du judaïsme alexandrin, à plusieurs sectes gnostiques' et plus tard au manichéisme ; et la démonologie des philosophes eux-mêmes n'échappa pas à son action. Porphyre nous a conservé, d'après « certains Platoniciens », un système où l'influence de la théologie perse est sensible*. Au-dessous du Dieu suprême. Principe incorporel, indivisible, immuable, iaudessous des étoiles fixes et des planètes « dieux visibles », vivent d'innombrables démons. Les uns sont des esprits bienfaisants qui donnent la fécondité aux animaux et aux plantes, la sérénité à la nature, l'industrie et la culture à l'homme. Ils servent d'intermédiaires entre, les divinités et leurs adorateurs, transmettant au ciel les hommages et les prières, et du ciel les présages .et les conseils. Au contraire, les autres, les anti-dieux ( àvTÎÔeot ) sont des êtres pernicieux, auteurs de tous les maux qui nous affligent. N''étant pas entourés d'un corps solide, ils échappent aux perceptions de nos sens, mais peuvent prendre des formes variables, apparaître et disparaître. A la fois violents et rusés, ils multiplient leurs embûches et fondent soudain sur le monde pour y provoquer les pestes, les famines, les tempêtes, les séismes. Ils allument dans le cœur de l'homme les passions néfastes et les désirs coupables et provoquent les guerres et les séditions. Habiles à tromper, ils se plaisent aux