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CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS

titieux, donr le sommeil même est troublé par des cauchemars, compare ceux-ci à une vision du lieu des impies, avec des spectres à faire frissonner, des apparitions monstrueuses, des Peines qui flagellent. C'était ainsi que la dévotion d'une foule anxieuse se figurait l'Hadès, et Virgile, en plaçant à l'entrée du monde souterrain comme à la porte du Tartare, des monstres, ou plutôt l'ombre de monstres, pour en assurer la garde, est le. fidèle interprète d'une tradition qui, par delà les vieux poètes, remonte au plus ancien folklore ^ .

Mais la peinture d'un séjour des damnés où des pécheurs de tout genre étaient soumis à des expiations en rapport avec leurs forfaits paraît avoir été surtout l'œuvre de oonventicules ésotériques, qui prétendaient révéler à leurs adeptes les mystères de l'au-delà et insistaient fortement sur l'opposition d'une élite, purifiée par les initiations et une vie austère,, et d'autre part une tourbe scélérate adonnée à tous les vices". Les auteurs de « Catabases » (p. 65) ou d'apocalypses imaginèrent les tortures les plus effroyables pour épouvanter les âmes craintives et les pousser à chercher dans une cathartique et une discipline religieuses le moyen d'échapper à la menace qui pesait sur elles. Celse reprochait aux chrétiens d'épouvanter les simples par des tableaux terrifiants de l'autre monde, comme on le faisait dans les mystères de Bacchus^

Il s'est constitué ainsi, en marge dès œuvres littéraires que lisaient les esprits cultivés, une autre littérature, qui s'adressait aux masses superstitieuses et qui a disparu presque tout entière. Mais ses productions étaient abondantes, et lorsque s'ouvre la période romaine, nous voyons qu'elles ont agi même sur les compositions des poètes et des philosophes. Sous les Fia viens, Silius Italicus, qui n'imite pas la réserve délicate de Virgile, son modèle (p. 72), accentue dans sa description des Enfers la cruauté des supplices*. Un mythe que Plutarque a introduit dans son livre sur la vengeance tardive des dieux ^, nous montre les hypocrites, qui ont caché leur scélératesse sous les apparences de la vertu, obligés de retourner du dedans au dehors l'intérieur de leur âme « en se tortillant comme des scolopendres de mer accrochées à l'hameçon », les querelleurs haineux se dévorant l'uti l'autre entrelacés comme les vipères, les avares insatiables plongés tour à tour dans des lacs d'or brûlant, de plomb

I. Virg., En., VI, 284-289, 575 avec les notes de Norden; Dieterich, A'ey^;yw, pp. 48 ss., 54 s.j 195 n. I ; Gruppe-Pfister, dans Roscher, s. v. « Unterwelt », p. 77.

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