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CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS

dans l'au-delà 1. Mais ce feu infernal est aussi conçu comme l'instrument d'un châtiment éternel pour des criminels incurables, et il ne peut alors avoir une fonction lustrale, puisque ceux qu'il fait souffrir restent à jamais coupables. La torture qu'il inflige est purement punitive. A l'époque ancienne il n'apparaît pas sous cet aspect, et il n'a pas alors sur les autres genres de peines la prédominance qu'il obtin't plus tard. Une théorie scientifique peut y avoir contribué. Les physiciens admettaient l'exis.tence d'une masse incandescente occupant le centre du globe terrestre et produisant les éruptions volcaniques et les sources thermales 2, Les Pythagoriciens adoptèrent cette supposition et comme le Tartare était situé dans le tréfonds du monde souterrain, il le conçurent comme un vaste brasier où bouillonnaient pour le supplice des damnés la poix et le bitume que vomisisaient lesvolcans^. Ce n''est pourtant pas la physique qui exerça sur l'évolution des croyances une action décisive, mais l'intervention d'une religion étrangère.

Une doctrine qui appartient au plus ancien zoroastrisme et resta toujours dans la religion perse xm élément essentiel de l'eschatologie*, enseigne qu'à la fin du monde les métaux contenus dans le siein de la terre entreront en fusion et se répandront à sa Svurf ace. Tous les hommes devront traverser ce fleuve en ignition-, mais il restera inoffensif pour les justes « aussi doux que si c'était du lait chaud », et il fera sentir aux seuls impies sa morsure brûlante. Tandis que dans les Gâthâ avestiques cette épreuve doit servir à distinguer les bienheureux des damnés, plus tard ce déluge de feu est c.oriçu comme purifiant de leurs pollutions ceux qui s'y plongent, et préparant la rénovation de la terre*.

Une croyance aussi ancienne et aussi essentielle du mazdéisme ne pouvait manquer d'être partagée par les Mages ou « Maguséens » répanfdus en Asie Mineure et en Syrie. Lorsqu'àprès les conquêtes d'Alexandre ces colonies ira- • niennes, dont un large syncrétisme caractérise la théologie, adoptèrent certaines idées de la philosophie grecque, la conflagration de la terre fut rapprochée de Vecpyrosis stoïcienne. La rivière ardente distinguant, selon la doctrine mazdéenne, les bons qu'elle épargnait d'avec les méchantsi qu'elle torturait, devait par suite être douée d'intelligence, et elle fut assimilée à ce feu raisorînable

1. Platon, Phédon, p. 114A ; cf. Dieterich, Nekyia, p. 197 ss. Cf. swpra, p. 20g.

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