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CHAPITRE IV. — TRANSFORMATIONS DES ENFERS

courroux à toutes les ombres, et dont Minos cherche à modérer la cruauté*. Mais le peuple des esprits infernaux lui-même est présenté comme foncièrement mauvais. Les Enfers sont devenus diaboliques. La foule misérable qui y végète est soumise à la tyrannie de la Mort, de Thanatos personnifié qui commande avec Hadès aux trépassés dans les ténèbres inférieures 2.

On saisit cette transformation des idées eschatologiques dans les variations des « Descentes » de dieux ou de héros aux Enfers, dont la transmission se laisse suivre à travers les âges depuis l'ancien Orient jusqu'au moyen- âge chrétien ^ La tradition littéraire ne nous offre probablement qu'un reflet affaibli de récits populaires sur ces explorations merveilleuses du pays des ombres. Hercule est le héros privilégié à qui fut réservé surtout une intervention décisive pour le salut des âmes*. Chez les Grecs, l'histoire d'Héraklès qui, sur l'ordre d'Eurysthée ramène Cerbère de l'Hadès, n'est qu'une aventure qui termine la série des douze travaux que lui prête la mythologie. Mais lisons les tragédies de Sénèque : lorsqu'apparaît le héros, les ombres des Enfers et les dieux qui le gouvernent sont frappés d'épouvante ; sa victoire est une défaite infligée aux puissances hostiles du monde souterrain. Il bris© la domination de la Mort adverse, qui empêche notre race d© participer à la durée sans fin des dieux bienfaisants. La loi fatale imposée aux hommes cesse de régir leur destî(n. Sa vertu confère l'apothéose au vainqueur de l'Hadès, sauveur du ^ genre humain, et la même immortalité est assurée à tous ceux qui imiteront sa vaillance. Echappant au Trépas, puissance des Ténèbres, ils monteront au ciel, séjour de la vie. La large diffusion de telles croyances nous est révélée par la sculpture fxméraire, dont les tableaux et les symboles évoquent souvent l'idée consolante du triomphe promis sur la Mort.

Sans doute le succès d'une telle conception a-t-il pu être favorisé par l'enseignement des mystères oh un dieu, après avoir péri, revenait à la vie et par son salut assurait celui de ses fidèles^. Mais l'origine de cette doctrine

1. Sénèque, Herc. fur., 606 (cf. Jos. Kroll, o-p. cit. {infra, note 3], p. 429) ; Oedipus, 610 ; Staoe, Z:héb., VIII, début (cf. Kroll, p. 451).

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