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LES MYSTERES

Les cultes grecs.

La doctrine de l'immortalité céleste, nous l'avons vu précédemment (p. 143), fut d'abord une croyance d'astronomes. Elle fut formulée et répandue en Grèce et en Italie surtout par des philosophes : Pythagoriciens, Stoïciens, Platoniciens s'en firent successivement les défenseurs. Elle appartint d'abord à une théologie de savants. On se demandera quelle fut son action sur la religion positive, et si celle-ci réagit sur elle. La question se pose en particulier pour les Mystères qui, précisém,ent, avaient la prétention d'assurer le salut de leurs initiés dans une autre vie. Les anciens cultes officiels des cités helléniques ou romaines voulaient avant tout conserver la prospérité de l'Etat. Ils ne se préoccupaient guère de la perfection spirituelle des individus et de leur avenir étemel. Au contraire les Mystères promettaient, par la participation à des céré-

monies occultes, ou par la connaissance de vérités ésotériques, ou par la sou-^ mission à certains préceptes de conduite, d'assurer à leurs adeptes la sainteté en cette vie et la félicité dans l'autre. Au lieu des opinions contradictoires et toujours discutables des philosophes sur la destinée dans l'au-delà, les cultes secrets apportaient une certitude fondée sur une révélation divine et confirmée par la foi des générations innombrables qui s'y étaient attachées. Cette vérité, que les penseurs cherchaient à découvrir par le raisonnement, ou certains mystiques à atteindre par une communication directe avec le ciel, était ici garantie par une tradition séculaire et par les manifestations quotidiennes des dieux qu'on adorait.

Leur antiquité même devait rendre l'action des mystères conservatrice du passé. Mythes et rites remontaient — du moins ils le prétendaietiit — à une époque reculée : il est naturel qu'ils aient continué à transmettre leurs vieilles croyances. Mais d'autre part la considération qu'accordaient à ces cultes les esprits éclairés ne pouvait se maintenir si leur enseignement paraissait suranné, s'ils semblaient se faire les prédicateurs obstinés de vieilleries périmées. Ainsi l'évolution des croyances eschato logiques imposa au clergé même de modifier ses révélations. Si la liturgie, dans les diverses sectes, était d'ordinaire transmise avec une fidélité scrupuleuse, l'interprétation qui en était fournie varia considérablement dans le cours du temps. Au respect du rite s'allia toujours dans le paganisme, qui ne connaissait point d'orthodoxie théologique, une grande liberté doctrinale. Elle était d'autant moins dangereuse que la signification profonde qu'on prétendait attribuer aux traditions sacrées n'était dévoilée qu'à une élite d' « époptes » '. Ces « sages » ne partageaient pas la foi naïve du vulgaire admis aux grades inférieurs. L'^allégorie- permettait par des explications ingénieuses de concilier des fables amorales ou des pratiques grossières avec la plus haute spiritualité et d'accorder avec des mythes inintelligibles les conquêtes de la science la plus avancée.

Qu'ils soient grecs ou orientaux, les mystères prétendent tous atteindre le même but : obtenir pour l'initié une vie bienheureuse dans un autre monde ;» et malgré la diversité de leur origine, les moyens par lesquels ils espèrent y atteindre offrent de nombreuses ressemblances, dues souvent à ce que les plus récents se sont organisés d'après le modèle d^s plus anciens. Avant tout, l'ordinand doit s'engager par des serments, dont la violation serait pour lui

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