CHAPITRE V. — LES MYSTÈRES
redoutablCj à garder secrètes toutes les révélations qui lui seront faites ^, tout ce qu'il verra et entendra dans les cérémonies auxquelles il sera admis à participer. Il recevra alors communication du « discours sacré »(î£pbç Xôyoç), qui raconte la légende de la divinité adorée par la communauté. Cette légende ne sera plus, comme les fables des poètes, un récit n'ayant qu'une valeur mythologique : elle sera mise en relation directe avec la destinée de l'initié. Il se peut que la légende même soit de notoriété publique, mais l'interprétation qui en est fournie, le rapport symbolique établi entre cette allégorie et la vie future des fidèles, reste toujours ésotérique. Plusieurs de ces mythes racontent comment le dieu est né, a souffert, est mort, puis ressuscité, a obtenu xme vie immortelle ; et son propre sort doit garantir le salut des dévots qui se sont unis à lui par un lien mystique et qui, comme lui, renaîtront après leur trépas. La vie ou la passion du dieu était reproduite par un drame liturgique (xà oocoaeva), qui montrait comment le dieu, après des épreuves terrestres, était parvenu à l'apothéose ; et les mystes s'associaient à ses tribulations pathétiques, à sa fin tragique, à son triomphe. Ce n'est pas, comme l'a déjà noté Aristote, à leur intelligence que ce spectacle fait appel, mais à leur^émotivité. Ils n'y reçoivent pas une instruction ([xaGETv) mais une impression (Tcaôsïv)^. A cette représentation sacrée, répétée à des intervalles réguliers dans des fêtes solennelles, l'ensemble des adeptes du culte assistait ; chacun d'eux en particulier devait accomplir d'autres actes rituels ou subir certaines épreuves pour atteindre les grades successifs de l'initiation. Il avait à prononcer des paroles (xà 'kzyoïJ.eva) qui assuraient l'efficacité sacramentelle de la cérémonie, formules qui pouvaient aussi servir de mots de passe, permettant à l'étranger de se faire reconnaître de ses coreligionnaires^. On montrait aussi au myste certains objets sacrés, les symboles (au fjt.^oÀa), auxquels on attachait une signification occulte, et qui étaient employés dans les initiations : le dévot pouvait emporter dans sa demeure certains de ces « symboles », dont la vue; devait être celée aux profanes, mais qui attestaient, le cas échéant, son affiliation à la secte*.
Dans plusieurs mystères païens, à l'obtention du degré supérieur d'initiation était liée l'admission à un banquet, pratique essentielle, qui se trouve dans
1. Harvard theol. revîew, 1933, XXVI, p. 151 ss.. Cf. Realenc. f. Ant. und Chr., I, 667 ss., s. V. « Arkandisziplin ».
2. Bidez, A -pro-pos d'un fragment d' Aristote (Bull. Acad. Belgiqiae, 1942, XXVIII), p. 201 ss. — Esch. Agam. vv. 177-178 : Z-^va... tov Ttâôsi |JLâ6o(;/6évxa zoplco; l'5(^£iv.