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CHAPITRE V. — LES MYSTÈRES

correctement les formules sacrées. Mais tout Hellène pouvait être . admis 1, même l'esclave, et les Romains le furent aussi, sans doute à la condition d'entendre la langue du culte. A l'origine aucune condition de moralité n'était requise, et l'on ne voit pas que la conduite du néophyte en ce monde ait influé sur soa sort dans l'autre. C'est tardivement que s'est introduite dans la religion éleusinienne, sans jamais y prédominer, l'exigence d'une pureté à la fois rituelle et spirituelle'''. ;Ainsi à Eleusis, au moins primitivement, toute idée d'une rétribution future proportionnée à la moralité de l'initié était absente de la piété. L'hiérophante n'instruisait pas les mystes d'une doctrine eschatologique " élaborée par des théologiens ; il ne leur détaillait pas les châtiments réservés aux impies et les joies qui attendaient les initiés dans les Enfers ; il ne leur communiquait pas une révélation semblable à certaines apocalypses ou « , Descentes dans l'Hadès », qui aurait pu les guider dans leurs pérégrinations posthumes. A Eleusis, comme l'a justement noté Rohde^, la survivance consciente de l'âme n'était pas enseignée, mais présupposée et la conception de la vie future que se faisait, le clergé restait conforme à celle qui, dès une époque ancienne, s'était vulgarisée en Grèce, et qui se représentait la vie d'outre-tombe comme Une prolongation, de celle de cette terre avec ses joies ou ses peines. La foule profane et scélérate était plongée « dans un bourbier et une fange intarissable » *, châtiment probablement emprunté aux Orphiques ; les initiés étaient admis dans les, prés fleuris d'un jardin lumineux où, couronnés de myrte, chantaient et dansaient au son des flûtes les chœurs des ombres pieuses. Mais ce qui paraît être propr;ement éleusinien, c'est l'idée que les bienheureux reproduisaient éternellement aussi dans les Enfers, à la lueur des torches, les cérémonies de la nuit sacrée ^ . Ainsi ce saint émoi, cette jouissance spirituelle, cette élévation de l'âme que la participation au drame nocturne célébré dans le temple procurait aux mystes, devaient, dans l'autre monde, leur être réservés à jamais, et le spectacle dont se repaissait la piété des assistants était la préfiguration des jeux enivrants qui leur vaudraient dans les Champs-Elysées une jubilation perpétuelle. La vieille idée que l'ombre poursuivait dans l'Hadès le genre de vie que l'homme avait pratiqué

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