‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 256 sur 468 · Pausanias, I · texte numérisé non relu

Pausanias, I

s'abstienne de fèves, ajoute : « quiconque a vu les initiations d'Eleusis, ou lu les écrits appelés orphiques, sait ce que je veux dire » . Le Périégète marque ainsi nettement la différence essentielle qui sépare les mystères athéniens de la secte orphique i. D'une part des idées sont suggérées, des sentiments éveillés par le spectacle de cérémonies liturgiques, de l'autre une doctrine est révélée, ime éthique formulée dans des livres. Cette littérature orphique était vaste : elle commença d'être mise en circulation dès le VF siècle avant notre ère, et se prolongea jusqu'à l'époque romaine. Le nom célèbre du musicien et poète thrace sen'it, comme ceux d'Hermès Trismégiste ou de Zoroastre, à recommander des compositions de date souvent incertaine et de valeur très inégale. Un même drapeau couvrait une marchandise très diverse. Le sujet de ces écrits s'étend de la cosmogonie et de la théologie jusqu'aux sciences occultes ^ ; livres sacrés sans doute, mais dont le texte n'avait aucune fixité canonique garantie pai une autorité ecclésiastique, et qui paraissent avoir été soumis à des remaniements continuels. De la plupart de ces ouvrages, et surtout des plus anciens, nous n'avons conservé que des citations fragmentaires, parfois défigurées par une interprétation tendancieuse. Il n'est pas surprenant que réduits à utiliser des sources aussi troubles et aussi intermittentes, les érudits aient différé d'avis sur presque toutes les questions qui se posent à propos de l'orphisme. Quoi capita, tôt sententiae.

Cependant certains points essentiels sont assez fermement établis, et l'on peut se faire au moins une idée générale de ce que fut la religion cathartique et mystique des conventicules orphiques ^ .

L'orphisme, religion de salut fondée sur des livres, a une doctrine aux, contours plus fermes que celle qu'enseignait ou que présupposait la tradition liturgique d'Eleusis. Il a élaboré une théologie cohérente où la nature et 1^ destinée de l'âme sont déduites de prémisses mythologiques. Dionysos enfant a été dépecé et dévoré par les Titans, que Zeus, pour les châtier, a frappés de sa foudre. De leurs cendres a été formé l'homme, qui unit ainsi en lui un élément pervers provenant des Titans et im principe divin reçu de Dionysos

1. O. Kern, Orphiconim fragmenta, 1922, avec bibliographie, p. 345 ss. ; reprise et cx>mplétée jusqu'en 1938 par Ziegler, R. E., s. v. « Orpheus », col. 1042, 40 ss.. Ont paru depuis : Nilsson, Griech. Rel. I (1940), p. 643-662 ; Boulanger, Le salut selon rOrphisme (dans Mémorial Lagrange), Pans, 1940. — Littérature orphique : Keydell et Ziegler, R. E., s. v. « Orphische Dichtung ».

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