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CHAPITRE V. -• LES MYSTÈRES

et déchiraient des chevreaux ou des faons, dont elles mangeaient crus les morceaux sanglants, pensant s'assimiler ainsi les vertus divines de la bête immolée. Ou bien elles se revêtaient de la dépouille fraîche de leur victime pour s'identifier ainsi avec leur dieu. Ailleurs dans leurs « omophagies » c'était un taureau, forme animale de Dionysos, dont les mystes dépeçaient et dévoraient les chairs pantelantes ^ comme autrefois les Titans avaient mis en pièces Zagreus enfant et consommé ses membres. Les sacrifices humains, qui transformaient les banquets rituels en ripailles de cannibales, n'avaient peut-être pas disparu partout, même à l'époque de la plus haute civilisation hellénique *,

D'autre part le culte du phallus fut étroitement associé à celui de Dionysos^, et il resta toujours un élément essentiel des cérémonies sacrées, soit que, dressé et de dimensions énormes, il fût promené dans des processions accompagnées de chansons grivoises, soit que, placé avec d'autres symboles dans le van mystique, il fût découvert au cours de l'initiation. Si Bacchus lui-même n'est pas ithyphallique, ses compagnons, Satyres et. Silènes, le sont démesurément, et par suite les acteurs comiques furent, à l'origine, pourvus de ce membre postiche. L'organe de la fécondation animale était censé favoriser aussi la fertilité des champs, et il appartenait par là aux dieux de la végétation. Mais on le trouve en outre placé sur les tombeaux, et cet emblème de la génération y apparaît comme tm symbole de la vie nouvelle, qui doit renaître de la mort*. Peut-être interprétait-on de même les rites d'initiation où il était mis en contact avec le myste, auquel il aurait assuré l'immortalité ^ Elément essentiel de la liturgie dionysiaque, le phallus n'en fut jamais éliminé : on put réduire l'importance des « phallophories » et autres exhibitions provocantes, non les supprimer. Ainsi les bacchanales ne perdirent jamais entièrement leur caractère brutal et impudique, héritage d'un passé inculte.

Cependant lorsqu'elles furent introduites dans les cités grecques, quand, plus tard, elles furent adoptées par les rois d'Egypte et de Pergame, les pouvoirs publics s'efforcèrent de leur enlever ce qu'elles pouvaient avoir de cho-

1. Arnobe, X, 19 ; cf. Haussoullier, R. E. Gr., 1919, XXXII, p. 256 ss. ; Nilsson, Gr. Rel., 1, pp. 145, 543.

2. Relig. orient., p. 307, n. 26 ; cf. Kern, l. c, p. 1305, 60.

3. Am. J. A., /. c.,\su-pra, p. 250, n. i], p. 252 ; Nilsson, p-. ^^j ss.

4. Aux phallus funéraires a succédé Priape, qui est un phallus anthropomorphisé ; CIL, VI, 30992 : « Custos sepulchri pêne destricto deus, ego siim mortis et vitai locus » ; cf. Saglio-Pottier, Dict., s. v. « Priapus », col. 646.

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