CHAPITRE V. — LES MYSTÈRES
d'immortalité qu'on voulait y reconnaître \ De même que dans la Grèce ancienne les Éleusinies étaient accessibles à tous les Hellènes (p. 241), dans le monde cosmopolite issu des conquêtes d'Alexandre les mystères voulurent être universels. Les fonctions religieuses, qui étaient auparavant particulières à un peuple ou réservées à une caste,, purent désormais être remplies par tous les hommes, quelles que fussent leur race et leur origine ; mais il fallut que la parenté spirituelle créée par une initiation remplaçât le lien du sang, qui unissait jadis les membres d'un clergé héréditaire ou les fidèles d'une même nation.
Le rituel est souvent plus conservateur que la mythologie, et celui des cultes orientaux a gardé certaines formes qui doivent remonter à l'époque lointain)e où une religion animique se figurait les arbres de la forêt doués d'une vie divine comme les plantes des champs cultivés. De même que les autres essence à feuillage persistant, le pin passait pour receler une chaleur interne, qui le soustrayait à la caducité et lui permettait de rester verdoyant pendant la morte saison. Il devint ainsi un emblème d'immortalité^. Nulle part cette croyance d'une antiquité immémoriale ne se manifeste plus clairement que dans les grandes fêtes annuelles du culte, phrygien^. Le 22 mars, Arbor intrat, le pin, qu'on identifiait avec Attis, était porté jusqu'au temple du Palatin par les « dendrophores », couronné de violettes et enveloppé de bandelettes de laine comme un cadavre : c'était le cortège de funérailles du dieu mort. Le 23, jour lugubre, se passait en lamentations funèbres autour de l'arbre défunt, .et le 24 {Sanguis) le sang des assistants, qui se flagellaient ou se mutilaient, était la liqueur dont on faisait des libations aux morts pour leur rendre la vitalité (p. 32). Enfin, après l'équinoxe, dans la nuit du 24 au 25, le prêtre annonçait la résurrection d' Attis*, et aux manifestations de désespoir succédait une longue et bruyante jubilation.
Des rites, à l'origine agraires et saisormiers, ont pareillement inspiré la grande fête d'Isis, qui durait, selon le calendrier romain, du 26 octobre au 3 novembre^. Elles se rattache directement à. des cérémonies en partie secrètes.