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CHAPITRE V. — LES MYSTÈRES

Adonis — étendu sur sa couche funèbre, une lumière était introduite, le prêtre murmurait lentement : « Ayez confiance, le dieu est sauvé ; pour vous aussi des peines viendra le salut » \

Ainsi, la liturgie même des mystères orientaux le prouve, l'idée de l'immortalité de l'âme est chez eux un héritage de la vieille religion de la nature. Mais comment chacun de ces cultes concevait-il la vie future à l'époque romaine ? Quelle interprétation secrète donnait-il de la légende de son dieu, il n'est pas aisé de le découvrir et de retracer l'évolution de ces croyances eschatologiques.

Si les grandes fêtes de la religion phrygienne, célébrées au mois de Mars, vers l'équinoxe, commémoraient la mort et la résurrection d'Attis, emblème de la végétation qui, après s'être flétrie, renaît au printemps, si lès fidèles paraissent, dès une haute antiquité, avoir associé au sort de leur dieu leur propre destin, et cru qu'après avoir péri ils renaîtraient à une vie nouvelle, l'idée qu'ils se faisaient de cette vie d'outre-tombe semble s'être profondément transformée au cours des siècles. Aucun des cultes orientaux transportés en Occident n'a évolué davantage, parce qu'aucun n'était à l'origine plus foncièrement barbare.

Primitivement, en Anatolie, Cybèle est la divinité des morts parce que la) Terre, qu'elle personnifie, les reçoit dans son sein*. Le tombeau phrygien est souvent un sanctuaire, et l'épitaphe une dédicace 3; fréquemment ils portent l'image de la déesse ou celle du lion, son substitut. On aime à donner au tombeau l'aspect d'une porte, celle du monde souterrain où descendent les morts*. L'on croyait, ce semble, que ceux-ci s'absorbaient dans le sein de la Grande Mère qui leur avait donné naissance, et participaient ainsi à sa divinité". L'assimilation à la Terre, qui s'accomplissait complètement après la mort, était préparée par le repas sacré, acte essentiel de l'initiation. Cybèle assurait le salut de ses serviteurs. Elle produisait le blé et le raisin, le pain et le vin qui sustentent les hommes. La nourriture prise dans le tambourin et le breuvage bu dans la cymbale® accomplissent cette union mystique avec la

1. Firmicus Maternus, De err. prof, rel., zz, i. Rapports du itôvoç avec l'immortalité, cf. Symbol., 425 ss.

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