CHAPITRE V. — LES MYSTÈRES
âmes pieuses, et il finira par désigner la béatitude et le réconfort spirituels qui sont réservés aux Élus \
A défaut d'un livre contenant le « discours sacré » (iepoç Xoyo;) communiqué aux mystes des dieux alexandrins, nous pouvons nous faire quelque idée des spéculations auxquelles se livraient les prêtres égyptiens hellénisés, par les débris de la littérature hermétique, celle dont Hermès-Thoth, Maître de toute sagesse, passait pour être l'auteur ^. On y voit à quel point la philosophie, une philosophie mal digérée, avait été appelée à nourrir le vieux mysticisme du clergé indigène.
Ces œuvres n'appartiennent pas à une secte pratiquant un culte, imposant à ses adeptes des initiations sacramentelles \ mais elles prétendent enseigner une doctrine ésotérique révélée confidentiellement par un maître à quelques disciples qu'il en a jugés dignes *. Elles adoptent la forme de leçons orales, telles que les philosophes en faisaient dans leurs écoles ". Elles ne font pas partie d'une religion secrète où les actes liturgiques auraient une importante préponjdérante, mais d'un enseignement doctrinal où le livre, transcription de la parole vivante, est le mode de transmission de la vérité. Elles sont les produits de mystères littéraires. Toutefois, si l'on considérait ces écrits hermétiques d'un point de vue uniquement philosophique, on ne pourrait leur accorder qu'une valeur très médiocre. Un éclectisme confus et superficiel y amalgame sans critique des doctrines hétérogènes. Le dualisme platonicien s'y combine malaisément avec le panthéisme stoïcien et avec la religiosité du néopythagorisme. Des contradictions choquantes pour notre mentalité y peuvent être relevées, parfois à peu de lignes d'intervalle. C'est le défaut de clarté et de logique habituel de l'esprit égyptien (p. 428). Mais ces œuvres abstruses' s'imposenc à notre attention par la ferveur religieuse qui les anime. Elles ne prêchent pas une philosophie, mais une théologie ; leur but. essentiel est d'assurer le salut par la science. Si elles prétendent inculquer une gnose, c'est que connaître Dieu est le moyen de s'unir à lui s. L'âme humaine ou du moins la raison est une parcelle détachée du Nous divin, et qui aspire à le rejoindre.