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SURVIVANCES MYTHOLOGIQUES

Le voyage vers l'au-delà.

Nous avons déjà eu L'occasion de le noter, dans le paganisme les doctrines prêchées par les théologiens ou enseignées par les philosophes n'éliminèrent pas les antiques croyances qui les avaient précédées, et les opinions archaïques d'une mentalité primitive survécurent souvent aux systèmes qui prétendaient les remplacer. On constate ainsi une concomitance ou plutôt une superposition d'idées d'âges très différents, dont certaines peuvent ne plus obtenir l'adhésion des esprits éclairés, mais s'imposent encore à la superstition vulgaire, qui est le réceptacle des chimères désavouées par une religion évoluée. L'eschatologie des anciens n'a jamais atteint ni même recherché aucune cohérence, et elle est restée un amalgame d'espérances, de symboles, d'articles de foi contradictoires. Cette coexistence de croyances hétérogènes et inconciliables paraîtra surtout frappante si l'on considère les diverses façons d'imaginer le voyage des ombres vers le séjour qui leur était assigné. En dépit des théories rationalistes des philosophes, des opinions qui noWs reportent à l'aube de l'humanité, desl ■usages, hérités des temps nébuleux de civilisations encore dans l'enfance, devaient se maintenir à travers toute l'antiguité et se transmettre même au "loyen-âge chrétien.

Parlant de l'immortalité céleste et de la translation de l'Hadès dans les airs, nous avons montré (p, 148) comment les penseurs avaient mis l'ascension de l'esprit des morts en relation avec la constitution physique de l'univers. Les rayons du soleil, enseignaient-ils, étaient doués d'un pouvoir alternatif de répulsion et d'attraction, qui faisait mouvoir les planètes, et qui projetait à la naissance les âmes vers la terre et les ramenait, après la mort, vers l'astre qui était « la raison du monde » (p, 179). Ou bien, selon une autre doctrine, l'âme, souffle igné, s'élevait en vertu de sa légèreté à travers l'air dense &t humide qui avoisine notre terre, pourvu qu'elle ne fût pas alourdie par son contact avec le corps, et encrassée par sa sensualité. Si elle était appesantie par la fange de passions sordides, elle se traînait dans cet air épais et lourd, privée de la clarté d'en haut dans les Enfers brumeux de l'atmosphère inférieur (p. 185). Ces théories établissaient une connexion entre la destinée future de l'homme et l'ordre général de la nature ; l'eschatologie s'insérait dans une cosmologie savante.

Mais à côté de ces imaginations hardies d'esprits spéculatifs, qui embrassaient à la fois dans une vaste synthèse le sort des défunts et toute l'économie du cosmos, de très anciennes idées d"une mythologie naïve n'avaient pas cessé d'avoir cours. Elles continuaient à alimenter la dévotion des foules, à inspirer des rites funéraires, et à fournir à l'art, en peine de figurer le voyage posthum-; d'un eldôlon vaporeux, des motifs traditionnels, parfois indéfiniment reproduits" par le pinceau et le ciseau jusqu''à la fin de la civilisation païenne,

Dès que s''af f irma la foi en un séjour souterrain où se rassemblaient les ombres détachées du cadavre et séparées du tombeau, naquit aussi l'idée d'un périlleux voyage que le défunt devait accomplir pour gagner cette demeure lointaine 1. On sait quelles prescriptions minutieuses contient en Egypte le Lim\e des Morts, pour permettre à ceux-ci de se rendre en toute sûreté aux Champs d'Aalou^, Ces textes écrits à l'intérieur des cercueils ou plus tard

1. La croyance à une longue route que doivent parcourir les défunts est commune à beaucoup de peuples non-civilisés; cf. Dieterich, Mithrasliturgie^, 1943, p. 181 ss.. On la trouve dans le Nouveau comme dans l'Ancien Monde. Ainsi les Indiens Mojave de Californie croient que les trépassés doivent trouver leur chemin à travers un labyrinthe compliqué à la recherche de giboyeux terrains de chasse, que seules les âmes des justes peuvent atteindre, tandis que les méchants errent péniblement et interminablement. Cf. John P. Harrington, Z^he mystic maze of the Mojave Indians (Publ. an bureau d'ethnologie), Washington.

2. Livre des Morts : bibliographie dans Hastings, Enc, VIII, p. 96 ; Sethe, Die "Cotenliteratur der Aegypter {S.A.B., 1931, p. 520 ss.). Survivance en Abyssinie, bandelette avec formules pour trouver le chemin du ciel : Journal asiatique, 1928, p. 99-

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