CHAPITRE VI. — SURVIVANCES MYTHOLOGIQUES
ques, spécialement sur les pierres tombales de Felsina'. Elle se reproduit encore sur les plaques en terre cuite de Locres dans la Grande Grèce, qui paraissent figurer l'enlèvement d'une femme par un démon de l'Hadès^, motif inspiré par la. représentation fréquente du rapt de Proserpine par Pluton ; c'est ainsi que dans la Catacombe de Sabazius à Rome se voit une simple mortelle ravie par le dieu chthonien'. Enfin l'attelage ailé réapparaît encore sur le plus ancien monument romain de l'apothéose d'un divus^.
L'on a expliqué les ailes dont sont munis ces animaux mythiques, ainsi reproduits à travers les siècles par l'art funéraire, comme symbolisant la rapidité de leur course 6, et il se peut que parfois on leur ait donné ce sens terre à terre. Mais dès l'époque préhellénique il est probable que l'artiste a voulu exprimer ainsi l'idée d'une apothéose qui devait élever jusqu'au séjour des dieux célestes un mort divinisé \ L'intention de figurer le transfert du défunt au ciel apparaît clairement sur ime stèle de Felsina où Phosphores, l'étoile qui précède le lever du soleil, indique à l'aurige la direction à suivre'', et aussi sur \me ume cinéraire de Volterra où, sous les pieds des chevaux lancés au galop, est couché un monstre marin ^, motif souvent reproduit pour indiquer que le char porte ses occupants par-dessus l'océan loin de notre terre 9.
Lorsqu'une immortalité céleste devint le sort de tous les justes, cette interprétation resta nécessairement seule admise ; et de même que Pégase fut regardé comme un cheval solaire (p. 288), le char des morts fut identifié avec le quadrige d'Hélios. L'idée que l'aurige divin conduit un attelage à travers les champs . du ciel existait depuis une époque très reculée en Babylonie et en Syrie, aussi bien qu'en Perse et en Grèce et elle est sans doute le développe-
p. 147 et pi. XV; Ducati, Renâic. Accaâ. Lînceî, 1915, p. 518 ss. ; Storia del arte etrusca, 1927, p. 278 ss. ; ReinacH, R. R., II, p. 206, 1-8.
1. Ducati, Le -piètre funerarîe felsinee (Monum antichi. Lincei, XX), 191 1, p. 523 ss. ; A. Greniei-, Bologne villanovienne et étrusque, 1912, p. 429, fig. 412 ; p. 154, fig. 150; De Ruyt. of. cit.
2. Quagliati, Ausonia, 1909, III, pp. 136 ss. ; 152 ss. ; cf. Malten, A dif.,p. 230 s., fig. 22.