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CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES

pas fait couler pour eux une effusion tonique'. L'islam n'a pas extirpé ces vieux rites païens, et les Bédouins continuent à égorger des brebis sur la sépulture à peine fermée, afin que le 4éfunt en reçoive la chaude aspersion, et ils préparent sur place la victime, dont la chair est distribuée aux assistants 2.

Les autres libations qui sont traditionnelles dans le rituel funéraire des. Grecs comme des Romains, doivent produire un effet semblable : ce sont celles de vin, de lait, de miel et d'huile. On a expliqué l'emploi du vin, comme étant un succédané du sang, rouge comme lui^. C'est en vertu de la même association d'idées que Servius interprète les fleurs pourprées qu'Énée jette sur la tombe de son père Anchise, comme étant « une imitation du sang où est le siège de l'âme » (p. 45). Que le vin ait souvent tenu lieu du liquide qui coule dans nos veines, on en pourrait citer mainte preuve, mais son usage funéraire peut s'expliquer par sa propre vertu. Il est la liqueur merveilleuse qui donne l'ivresse divine et dans les mystères assure l'immortalité à ceux qui, grâce à lui, sont possédés par Bacchus, Il pouvait vivifier de même les Mânes à qui on Le versait., La mystique dionysiaque est sans doute intervenue ici pour magnifier la valeur religieuse attribuée à l'usage liturgique du fniit de la vigne ^.

Les anciens se sont pareillement attachés à expliquer le choix des autres libations : le melikraton, le mélange de lait et de miel, est, selon les Grecs, a-t-on fait observer, comme le nectar et l'ambroisie, la nourriture des dieux ; et si les morts s'en rassasient, ils deviendront pareils aux immortels. Mais d'autre part le lait est la nourriture des nouveaux-nés ; par suite on le donnera à ceux qui ont obtenu la renaissance à une vie éternelle. Le' miel a des propriétés antiseptiques, il assure la conservation des corps que l'on en enduit, ce qui suggéra, dit-on, l'idée qu'il prolongeait l'existence des ombres qui l'absorbaient^. Ou encore la suavité du miel le rendait propre à adoucir l'âpre rigueur des dieux infernaux, à apaiser l'animosité amère des esprits

1. Conybeare, Rituale Armenorum, 1905, p. 54 ss., 67 ss. En Mingrélie : Chardin, Voyage en Perse (Amsterdam, 171 1), I, p. 224 s.

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