Ï0 LUX PERPETUA
d'abord les revenants de la famille — ceux qui surtout hantent leur ancienne demeure : ils reposent dans la terre, et leurs proches leur offrent des sacrifices funèbres en invoquant leur secours. A ceux-ci s'opposent les spectres d'étrangers, connus ou inconnus, dont souvent on ignore le nom ; ils n'ont pas été enterrés, gisent dans, le bled ou au fond de l'eau, et personne ne s'occupe d'eux et ne leur rend un culte : ce sont des âmes errantes, toujours nocives, qui s'introduisent dans le corps du patient et sont les auteurs de toutes les maladies. Ces esprits ressemblent comme des frères aux àTa(pot ou insepulti des Grecs et des Romains. Mais à côté d'eux sont énUmérées diverses espèces de biothanati, qu'ils aient péri par l'eau ou par le feu, noyés ou brûlés, qu'ils aient succombé à la faim ou à la soif, soient morts par les armes dans un massacre sanglant, ou aient été condaninés pour quelque offense envers une divinité ou un roi. On trouve mentionnés aussi les hommes et les femmes morts vierges à l'âge nubile, les àYafji,ot ou innupti. Cette multiplicité d' « ahores » ou de « biothanates » rappelle " absolument celle que les Grecs ont été amenés à citer d'après les influences combinées des étoiles.
D'autre part, si on lit les textes rédigés sous l'Empire par les maîtres de la divination astrale, on sera frappé de leur ressemblance avec les vers de Virgile. Il est tel passage de la Tétrabible de Ptolémée où l'on trouve associés trois des quatre classes de biothanati que nous avons rencontrées dans l'Enéide : les guerriers, les suicidés et les victimes des femmes 'c
Si l'on reconnaît dans l'astrologie la source d'aussi étranges aberrations, on comprendra comment elles ont pu naître dans l'esprit de ceux qui pratiquaient cette mantique savante. Le nombre des années de chacun est déterminé par son horoscope, et les doctes généthlialogues assuraient pouvoir en supputer le total. Mais souvent l'expérience ne confirmait pas leurs pronostics. La mortalité infantile emportait fréquemment un nouveau-né qui s'était vu promettre une longue existence. Ayant perdu un enfant de quatre ans à qui une brillante carrière avait été prédite, des parents stigmatisent dans son épitaphe « l'astrologue menteur dont le grand renom les a abusés tous deux » *. D'autres clients des pseudo-prophètes, au lieu de jouir de la longue existence qu'on leur avait fait espérer, la voyaient écourtée par quelque malheur fortuit. Mais les démentis que la réalité infligeait aux prédictions des observateurs du
1. Ptolémée, Xlétrah.^ IV, g, 12 (p. 202, 18 ss. Boll-Boer) : ^ ôiro itoXEjjtfwv (Tça^o(j:.évoo;, f, aÙT6j(£ipa; Èa'jTWV y'vojjlîvo'ji; 8ià yjvatxac; f] ■^x^-^iv/m'^ (povéai;.
2. CIL, VI, 27140 = G. E., 1163 : « Decepit utrosque maxima mendacis f ama mathematici ».