CHAPITRE VII. — L'ASTROLOGIE ET LES MORTS PRÉMATURÉES
ciel n "ébranlaient pas plus leur confiance dans la valeur de leur discipline que des diagnostics trompeurs ne détruisaient la foi des médecins en l'efficacité de leur art. Convaincus à la fois de l'irrévocabilité des arrêts du destin et de l'infaillibilité de leurs méthodes, les astrologues se persuadèrent que la puissance irrésistible de la Fatalité s'exerçait, même quand elle semblait inopérante. Des théoriciens s'efforcèrent de rétablir l'ordre inflexible de la nature, qui paraissait ainsi troublé par des accidents fortuits, par des actions individuelles et déréglées. L'infraction aux lois de l'univers n'était qu'apparente : celui qui, par un effet du hasard, ou par un acte de malveillance, succombait avant que fût atteinte la somme des jours que lui avaient concédée les étoiles, ne quittait pas en réalité la société humaine. Il continuait à hanter la terre, jusqu'à ce que fût accomplie la durée, voulue par le Fat'um, de son séjour ici bas. Alors seulement, le cycle de sa vie étant révolu, il était admis dans le séjour paisible des ombres heureuses.
Nous croyons pouvoir nommer l'auteur qui, selon toute apparence, fut, sinon l'inventeur de cette doctrine, du moins son plus ancien propagateur dans le monde hellénique.
Parmi let successeurs immédiats de Bérose, Critodème fut un des premiers auteurs qui révélèrent aux Grecs les arcanes de l'astrologie babylonieniae ^. On lisait de lui un livre intitulé « Vision » ("Opaaic;), dont le début nous a été conservé 2. « Après avoir parcouru les mers et traversé de vastes déserts, je fus jugé digne par les dieux d'bbtenir un havre sans danger et un mouillage très sûr », Le refuge où Critodème a trouvé un abri contre les orages de ce inonde, est la foi en la puissance des astres divinisés, dont dépendent tous les événements de notre terre. Son œuvre n'était pas un traité didactique formulant sèchement les théorèmes de la divination sidérale des Chaldéens, mais ■un écrit diffus, qui s'abandonnait à des spéculations mystiques et qui, imposant au lecteur par des serments redoutables le silence sur son contenu, lui indiquait divers moyens d'atteindre l'immortalité 3. Critodème s'était plu à exposer des révélations obscures en tm style sibyllin et son ouvrage devait être
1. Cf. Boll, R. E., s. V. « Kritodemos », t. XI, p. iaa8 j C. C. A. G. VIII, i, p. 257.