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CHAPITRE VII. — L'ASTROLOGIE ET LES MORTS PRÉMATURÉES

Reprenons le texte de Virgile. Il noiis montre la foule des enfants, ravis par la mort au seuil de la vie, qui exhalent leur douleur à la porte des Enfers par de longs gémissements. De même, suivant un mythe que Plutarque a introduit dans son traité sur le démon de Socrate ', un voyageur dans l'au-delà plonge ses regards au fond d'un gouffre ténébreux, où se lamentent les réprouvés, et il perçoit, comme dans l'Enéide, les voix plaintives d'une multitude d'enfants qui, à peine nés, ont péri, et qui s'efforcent, sans y parvenir, de gagner le ciel. Ainsi le poète et le philosophe s'accordent à représenter comme pitoyable le sort des enfants décédés en bas âge et bannis du séjour des Élus, et tous deux leur font proférer une plainte sempiternelle. On a cherché le motif pour lequel, fait surprenant, ces êtres inoffensifs furent tenus pour malfaisants. Hopfner, qui s'est surtout occupé de cette question, est d'avis que « ces âmes qui n'ont pas goûté l'es joies de la vie, qui sont mortes sans connaître l'amour ni laisser de postérité, gardent le désir passionné de l'existence où elles n'ont pu réaliser leur destinée. Elles sont remplies d'envie et d'aiiimosité envers les vivants et, les haïssant, s'efforcent de leur nuire » '^. Cette explication contient sans doute une part de vérité, mais elle n'est pas suffisante. Si, comme nous l'avons indiqué en commençant, la source lointaine de cet ensemble de superstitions macabres doit être cherchée en Orient, on songera surtout à ces atroces immolations d'enfants qui furent si longtemps pratiquées dans le paganisme sémitique : sacrifice des premiers nés qui, analogue à l'offrande des prémices des fruits et des troupeaux pour protéger la récolte ou le bétail, devait pareillement garantir l'existence de la famille ^ ; sacrifice de fondation, où un nouveau-né était enterré sous le seuil ou aux angles de la construction pour assurer sa solidité et surtout la sécurité de ses habitants * ; sacrifice d'un fils ou d'une fille pour détourner des maux menaçant ses parents ou la communauté entière s. Des inscriptions récemment découvertes en Afrique, mentionnent le sacrifice nocturne d'un agneau offert « âme pour âme, sang pour sang, vie pour vie » et cette formule se retrouvant dans des

I. Plut., De genio Socratis, 22, p. 590 f ; cf. 591 c ; Symbol., p. 56. a. Hopfner, Offenbarungszauber, § 334 ss., 348 ss., résumé par l'auteur, R. E., s. v. « Necromantie », cx>l.,22i9. Cf. Tertull. De anima, ^y.

3. Exode, XIII, 13; cf. Loisy, Sacrifice, p. 233SS.; Hastings, 5«c.,s. v.' «Firstborn».

4. Hugues Vincent, Canaan, à' açths l'exploration récente, 1907 ; et Loisy, of. cit., p. 369.

5- Roscher, Lex,, s. v. « Kronos », p. 1501 ; Dussaud, Origines cananéennes du sacrifice Israélite, 1921, p. 163 ss.; Loisy, Sacrifice, ^p. 112, 232 ss. ; Goossens, Hier a-polis de Syrie, 1943.

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textes syriaques, doit avoir appartenu au rituel commun de plusieurs peuples sémitiques ^ Une victime propitiatoire est livrée dans les ténèbres de la nuit au cruel dieu des morts, avide de vies et de sang, auquel on immolait primitivement un rejeton humain, plus tard le petit d'un animal, afin que, satisfait de cette tendre victime qu'on lui abandonnait, il renonçât à celles qu'il menaçait d'exiger et que fût préservé le reste de la famille, de la tribu ou de la cité.

Mais comment n'eût-on pas craint les représailles posthumes de ces innocents ainsi condamnés injustement à périr ? Ces chétives créatures, qui n'étaient apparues qu'un instant sur la terre pour être aussitôt privées de la lumière du jour, devaient être révoltées du traitement atroce qu'elles avaient subi et, outrées de colère, chercher à nuire aux auteurs ou complices de ce crime abominable. Elles faisaient partie désormais de l'armée des esprits maléfiques, isoumises au maître du monde souterrain auquel on les avait livrées.

Lorsque, sous Tibère, la loi romaine prohiba dans le culte les meurtres rituels d'enfants, ils se perpétuèrent dans la magie, qui est souvent le refuge des pratiques abandonnées dans les temples ou même une religion à rebours, dont les rites nocturnes forment l'effrayante liturgie des puissances infernales et — nous y reviendrons dans un instant (p. 320) — Timmolation d'enfants continua à être accomplie dans l'ombre par les nécromants qui voulaient exposer un ennemi à la malignité des démons.

Sous l'Empire romain, quand des agneaux eurent été substitués aux nouveaux-nés dans les sacrifices sémitiques, une autre pratique dut perpétuer la crainte que provoquaient les ombres nocives des « ahores », celle de l'exposition qui, dans la plupart des cas, devenait un infanticide cruel. Nous savons notamment par les astrologues que l'enfant jeté à la voirie était souvent dévoré par les chiens errants (xuvoÇpcoToç) Les parents qui, poussés par la misère, les mères qui, pour échapper au déshonneur, avaient ainsi abandonné leur bébé, ont dû souvent être obsédés par le souvenir de la fin affreuse qu'ils lui avaient imposée, et le remords a naturellement provoqué la terreur d'un châtiment de la part de leur victime.

Ceux-là mêmes dont le séjour sur la terre se prolongeait davantage, mais qui ne parvenaient pas à l'âge mûr, faisaient redouter les maux qu'ils pou-

1. Carœpino, R. H. R., 1932, CIV, p. 59a ; Gey, Mél. Ec. fr. de Rome, 1937, LVIII, p. 88 ss. ; Mages hell., II, p. 342, n. i ; p. 352.

2. Critodème, C. G. A. G., VIII, 2, p. 64, 31 j cf. Egypte astrol., p. 187, n. 2.

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