‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 347 sur 468 · Sénèque, Cons, ad Marciam, 23, i · texte numérisé non relu

Sénèque, Cons, ad Marciam, 23, i

des humains, elles sont alourdies de moins de fange. Libérées avant de s'être mêlées de trop de matière et imprégnées de trop d'éléments terrestres, elles remontent d'un vol plus léger vers leur première patrie et se dégagent plus aisément de tout ce qui les souille et les altère. » De même Plutarque^ développe l'idée que l'esprit qui s'est rapidement débarrassé du corps et des affections terrestres que celui-ci inspire, s'élèvera sans peine à un état plus parfait et plus heureux d'ans un monde me^illeur.

Il est difficile de savoir jusqu'à quel point les espérances conçues par l'éthique des philosophes, étaient partagées par la conscience du plus grand nombre. Souvent la réaction contre les croyances désavouées aboutissait à une pure négation, qu'il s'agît d'impubères ou d'adultes. Ceux qui pensaient que le trépas abolissait tout sentiment, se contentent d'affirmer que l'enfant qu'ils pleurent s'est enfoncé dans la nuit éternelle et qu'il n'en reste que cendre et poussière 2. Ailleurs on se figure qu'un garçonnet de douze ans est descendu dans l'obscurité de l'Hadès, où il ne voit plus briller les astres ^ Une épitaphe souhaite que les os d'un fils reposent doucement dans le tombeau^ « si ses Mânes éprouvent encore quelque sensation » *. Mais l'amour maternel ne pouvait se satisfaire de cette assurance négative ou se résigner à un doute angoissant ; car la doctrine astrologique et magique avait fait naître dans bien des esprits une appréhension irraisonnée des , maux qui attendaient les « ahores » et de ceux qu'il fallait attendre d'eux.

Les croyances empruntées à l'Orient étaient venues raviver les craintes que l'orphisme avait anciennement répandues en Grèce : tm crime ancestral — le meurtre de Zagreus par les Titans — rendait coupable^ dès sa naissance, toute l'humanité, et ce péché héréditaire devait être effacé par des purifications '\ Mais la religion offrait un remède aux maux qu'elle-même avait créés. La coutume d'initier les enfants aux mystères qui, au moins à Eleusis, se rattache primitivement au culte familial ou gentilice, devint un moyen d'écarter la menace qui pesait sur eux et d'assurer leur félicité dans une autre vie. On voit en effet des bambins des deux sexes admis dès l'âge le plus tendre parmi

I. Plut., Consol. ad uxorem, ii, p. 6ii E. Cf. TertuU., De anima, 56 fin « Animas immaturas et innuptas et pro conditione aetatis puras et innocuas ; C. E., 1233, i5' a. C. E., 395; 397 ss.; 12325 cf. Galletier, p. 46. !

3. J. R. S., 1927, XVII, p. 49 ; C. E., 398, 428 ; CIL, XI, 6435; cf. Symbol, p. 55 i S.E.G., IV, I.

4. C. E., 428 : « Si sapiunt aliquid post funera Mânes » ; cf. Ibid., 1147.

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