Bayet, o-p. cit., p. 295 ss
9. Lucain^ VI, 543 ss.. Fahz, of. cit., [supra, p. 97, n, 4].
10. Cultures Dianae à Lanuvium, CIL, XIV, 2112, b, 5 = Dessau, 721a.
33é LUX PERPETUA
un article disposant que celui qui, pour un motif quelconque, se sera occis lui-même, perdra son droit à l'inhumation. Cette clause est-elle formulée pour prévenir une fraude onéreuse pratiquée au détriment de cette sorte de société d'assurance mutuelle contre l'abandon suprême ? peut-être ; mais elle est inspirée aussi par la croyance que les honneurs funèbres ne peuvent détourner la malédiction qui pèse sur le suicidé et rend sa compagnie indésirable, voire dangereuse, pour les autres morts. Les Mânes repoussent sa société.
Quelle fut la réaction philosophique contre l'opinion vulgaire, que la nocivité posthume des suicidés remplissait d'une crainte superstitieuse ? A vrai dire, elle fut confuse et variable. Selon l'antique doctrine des Orphiques, bien que l'âme soit enchaînée dans le corps pour y subir un châtiment, il lui est défendu par Dieu de se débarrasser elle-même de ces liens sans encourir les peines les plus graves de la part des maîtres de sa destinée, qui seuls peuvent la délivrer'. Ce précepte, qui répond à l'opinion commune en Grèce, fut repris par les Pythagoriciens et par Platon dans le Phédon^ et, grâce à lui, il fut souvent reproduit dans les siècles postérieurs, notamment par Cicéron dans le Songe de Scipion^ : « A tous les hommes pieux s'impose de garder leur âme dans sa prison corporelle, et de ne pas émigrer de cette vie humaine sans l'ordre de celui qui nous l'a donnée, pour ne pas sembler déserter le poste que Dieu nous a assigné. »
Mais les Cyniques s'opposèrent ici au platonisme, et ils enseignèrent que l'on pouvait, voire même devait, quitter volontairement cette vie, quand ses conditions la rendaient indigne d'être vécue par un philosophe* ; et après eux les Stoïciens propagèrent à Rome la même doctrine''. Cette secte puissante fit prévaloir l'opinion que dans certains cas le suicide était recommandable. Garantie suprême de la liberté du sage, il se justifiait moralement lorsqu'il était le seul moyen pour l'homme de ne pas violer ses principes, ni renier son idéal. Cette philosophie louait ceux qui s'étaient soustraits par une mort volontaire à une vie intolérable, et les exemples abondent, au premier siècle de notre ère, de Stoïciens qui préfèrent se tuer plutôt que de subir une tyrannie odieuse et dégradante. Caton d'Utique, qui s'était suicidé pour ne
1. Rohde, tr. fr., p. 363, n. 3 ; Diels, Vorsokr.^, I, j>. 315 (Philolaos, 14).