Cf. N. C, XVII
cosmopolite d'Alexandrie, n'eût pas en quelque connaissance des spéculations brahmaniques. Une doctrine fondamentale de son système, celle de l'identité de notre être particulier avec l'Être universel et de l'unification de notre conscience individuelle avec cet Être, qui résorbe l'âme en lui, non parce qu'il veut la sauver, mais par une nécessité de sa nature, l'idée aussi que nous atteignons cet état bienheureux sans l'intervention d'un médiateur par une communication directe avec l'Un, paraissent bien être d'origine hindoue'. Étrangères à la philosophie grecque avant Plotin, elles offrent une similitude frappante avec les conceptions développées dans les Upanishads.
Qu'elle ait accueilli certaines conceptions de la mystique de l'Inde ou soit issue tout entière d'un développement autonome de la philosophie grecque, dont l'évolution antérieure se dérobe en partie à nos recherches, la synthèse de Plotin, bien qu'il la donnât pour une simple exégèse de Platon, fut en réalité révolutionnaire. Après lui les vieilles écoles, déconsidérées par leurs controverses interminables et inconcluantes, s'étiolèrent et disparurent. L'épicurisme et le stoïcisme ne trouvèrent plus de maîtres écoutés ; la raison cessa d'être, comme pour Aristote, le seul guide dans les recherches, et désormais la conviction s'appuya aussi sur une expérience intime de l'âme. Le scepticisme même céda devant la mystique. Chez les païens un platonisme transformé et systématisé régna seul sur les esprits de l'élite intellectuelle jusqu'au moment où Justinien, en 529, ferma l'école d'Athènes. D'autre part Plotin, premier défenseur d'un spiritualisme intégral, réfutateur pénétrant du matérialisme, exerça sur l'élaboration de la théologie chrétienne une influence décisive qui devait se prolonger pendant des siècles. Aussi tous ceux qui ont été attirés' vers l'étude des Ennéades ont-ils reconnu dans l'auteur de ces notes de cours, modeste directeur d'études, qui écrivait un grec fautif et ne se relisait pas, un des puissants métaphysiciens dont l'œuvre marque un tournant dans la direction suivie par la pensée humaine 2.
Nous ne tenterons pas d'étudier ici dans son ensemble la construction imposante édifiée par le génie de Plotin ; notre propos se borne à exposer brièvement les idées de ce grand novateur sur l'immortalité de l'âme, en particulier dans le chapitre qui porte ce titre, et dont nous possédons une double recension^. Mais la cosmologie, la psychologie et la théologie sont, dans ce