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CHAPITRE VIII. — LE NÉOPLATONISME

système, inséparables : une conception originale de la nature et de la destinée de l'âme y est en corrélation étroite avec celle de la structure de l'univers et des rapports de celui-ci avec l'Être suprême. Il nous faut donc tout d'abord rappeler en quelques mots les caractères de cet édifice métaphysique, dans la mesure où notre sujet l'exige.

Plotin a probablement emprunté à ses prédécesseurs, les Platoniciens d'Alexandrie, ce qui nous semble être le fondement même de sa philosophie, l'ossature de ce grand corps où il a infusé un sang nouveau, la théorie des trois hypostases : l'Un, le Nous ou Intellect, et l'Ame (-j-u^Y]). Ce serait, selon lui, une erreur radicale de vouloir expliquer le supérieur par l'inférieur. Il faut, pour comprendre la constitution du monde, partir du Premier Principe d'où émane la vie répandue dans l'univers, « source qui n'a point d'origine et donne son eau à toutes les rivières, et ne s'épuise pas en elles » ' .

Le premier Principe d'où dépend tout ce qui existe, est, comme chez Platon, l'Un ou le Bien. Mesure de toutes choses, cette Unité est nécessairement transcendante aux objets qu'elle mesure. Mais pour Platon le Bien restait dans la sphère des Idées, modèles éternels des réalités sensibles ; pour Plotin, il est au-dessus d'elles et échappe à toute définition rationnelle. L'Absolu ne pense pas : il se connaît lui-même par une intuition directe 2. Il faut le placer au-dessus de l'essence, de l'intelligence, de la vie et même de l'être. Comme il n'est rien de déterminé, nous ne pouvons dire ce qu'il est, mais seulement ce qu'il n'est pas. Nous n'approchons de Dieu ineffable et inconnaissable qu'en obtenant un contact direct avec lui dans l'extase, où cesse toute activité rationnelle. Au moment de ce contact on n'a ni le loisir ni le pouvoir de rien exprimer : c'est plus tard que l'on raisonne sur cette lumière soudainement aperçue ^

Comment ce Premier Principe, qui est absolument simple, peut-il produire l'infinie diversité des êtres, la multiplicité naître de cette unité ? Si l'Un n'avait pas créé l'Intellect, son activité serait restée latente. Mais par cette émanation il n'a rien perdu de lui-même. Il rayonne comme le soleil, qui répand partout la lumière sans s'épuiser jamais. De même il ne pénètre pas seulement le

des variantes importantes. Cf. Paul Henry, La Préfar. évang. d'Eusèbe et l'édition fer- »î«e des œuvres de Plotin par Eustochios (Bibl. éc. Hautes Etudes, se. religieuses, L. Paris, 1935) ; Les états du texte de Plotin, Paris, 1938, pp. 77-124.

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