CHAPITRE VIII. — LE NÉOPLATONISME
elle, qui, par son unité et son omnipotence, est semblable au'^ Père qui l'a engendrée 1. De son désir de créer d'après le modèle que lui offre le Nous notre monde est né et a pris sa forme. Les astres, la terre même, sont pénétrés pal" la Psyché aussi bien que les animaux et les plantes. Comme le Nous embrasse la multitu'de des Idées, de même l'Ame totale, indivisible, contient la variété infinie des âmes individuelles : celles-ci coexistent dans son sein, tout en demeurant distinctes par leurs qualités, car elles subissent à des degrés variables l'action de la Matière à laquelle elles se sont unies.
La Matière n'est pas pour Plotin cette substance pondérable et mesurable dont s'occupe notre physique. Elle est dépourvue de toute forme et de toute qualité ; c'est le non-être absolu, l'abstraction à laquelle on parvient en supprimant tout ce qui rend un objet connaissable. Toutefois, réceptacle des formes supérieures, la matière, absente des réalités intelligibles, est dans les choses sensibles la cause du mal, de la corruption, du désordre et de la laideur. Une opposition radicale au matérialisme stoïcien et épicurien est un dogme fondamental du système de Plotin.
Voilà donc les trois hypostases par lesquelles s'accomplit la procession de l'Un, qui embrasse la totalité des choses dans son absolue simplicité, à travers le Nous ou Intellect, qui contient les types ou formes de tous les êtres distincts jusqu'à l'Ame qui leur prête une vie individuelle et les disperse dans le monde sensible. A ces trois degrés de l'Univers répond une division tripartite de l'homme en Intellect (voûç), Ame (^ux,/)) ^^ Corps (o-coaa). La distinction est traditionnelle dans la philosophie grecque. Mais Plotin l'insère dans son système du monde. Le Nous appartient au' monde intelligible ; c'est par lui que nous nous élevons à la contemplation des réalités spirituelles ; les âmes de chacun de nous sont issues de l'Ame universelle à laquelle elles continuent d'appartenir, et leur fonction intellectuelle est semblable. Les facultés inférieures, raisonnement, mémoire, sensibilité, naissent graduellement d'une déchéance de la vie spirituelle. Le corps enfin, participant de la matière, principe du mal, rend l'âme vicieuse et éveille en elle les passions qui offusquent sa vision du Noûs^-.
Plotin n'a jamais donné de cette vaste construction métaphysique un exposé logiquement développé qui formerait un système en tout point cohérent et homogène. Ce que nous offrent les Efinéades, c'est un recueil de sujets