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divers, discutés dans l''école romaine, sans liaison méthodique entre eux, et assez arbitrairement groupés d'après leut contenu dans l'édition de Porphyre. Il n'est pas surprenant dès lors qu'elles nous offrent dans leurs divers traités pour ainsi dire des états successifs de la pensée de Plotin, des vues instantanées de son enseignement dans une leçon donnée, et que les opinions qui y sont exprimées ne s'accordent pas toujours entre elles. C'est ce que nous allons constater en abordant, après ce préambule, la doctrine plotinienne de l'immortalité.
L'opinion de beaucoup la plus répandue pendant les premiers siècles de l'Empire considérait comme matérielle l'essence de l'âme. La vieille croyance que le double était formé d''une substance plus subtile que le corps humain, dont il conservait la forme, était restée celle des masses populaires dans tous les pays du monde ancien. Les Stoïciens ne s'en éloignaient guère lorsqu'ils définissaient l'âme comme un souffle igné, analogue à l'éther.. Et pour les Épicuriens elle était un éphémère composé d'atomes, qui ne tardait pas à se désagréger. Il n'est pas étonnant que certains écrivains chrétiens, Tertullien, par exemple, aient partagé une doctrine qui était celle de la plupart de leurs contemporains i. Cette âme matérielle pouvait voyager comme les astres à travers l'espace, descendre des sphères étoilées et y, remonter, venir se loger dans un corps humain, et l'occuper tout entier.
Mais dès que l'on proclamait avec Plotin la spiritualité absolue du principe qui nous anime, ce qui avait paru auparavant simple et naturel devenait mystérieux. Si l'âme est un pur esprit, elle échappe aux limitations de l'espace : elle est partout et nulle part '\ Comment peut-elle se transporter d'un séjour céleste ou supra-céleste en ce bas monde ? Comme le fait observer M, Bréhier', une aporie fondamentale de la pensée plotinienne a été de concilier le problème psychologique que pose la destinée de l'âme avec le problème philosophique de la constitution de la réalité. On ne peut comprendre les spéculations du subtil dialecticien si l'on ne tient compte de cette interprétation, ou plutôt de cette interdépendance constante de so;n spiritualisme intégral et de son mysticisme fervent avec les théories cosmologiques unanimement recoinnues de son temps. Il a cru résoudre la diftficulté en interprétant l'idée mythique d'un transfert de l'âme, successivement localisée en des lieux diffé-
1. Tertullien, De anima, 5-9 et 22 ; De carne Christi, II ; cf. Dict. de théol. catholique, s. V. « Ame », p. 987.
2. Bréhier, Phil. de Plotin, p. 23 ss. 5 cf. Porphyre, Sent, ad intell. y 1-4 ebc.