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CHAPITRE VIII, — LE NÉOPLATONISME

rents, comme une modification interne de cette âme dans son passage graduel du monde intelligible au monde sensible, ou inversement cette transformation l'adaptant à la structure rationnelle de l'univers. Mais, nous le verrons, cette accommodation resta toujours imparfaite. Il y a dans le langage et même dans la pensée. de Plotin des résidus persistants des vieilles croyances en l'immortalité astrale, consacrées par l'adhésion de Platon. Si nous pouvions suivre depuis ses origines alexandrines, ce qui nous est refusé, le développement du système élaboré par le rénovateur du spiritualisme, sans doute verrions-nous que le point de départ en a été la doctrine eschatologique alors la plus accréditée, mais que le métaphysicien ayant adopté par la suite une autre conception de la nature de l'âme et de son union avec Dieu, il s'est efforcé de la mettre d'accord avec la cosmologie et la psychologie traditionnelles. Les discussions de l'école romaine, dont les Ennêades nous offrent la vivante image, continuent à se référer souvent à des opinions courantes, difficilement conciliables avec la pensée profonde de l'exégète audacieux de Platon * .

Un passage caractéristique entre tous montre que le Maître dans ses leçons, ne se faisait pas faute d'invoquer les croyances vulgaires à l'appui de ses doctrines. Dans le traité où il reprend et complète les arguments formulés par ses prédécesseurs pour établir l'immortalité ou pour mieux dire, l'éternité de l'âme, il ajoute une dernière preuve pour ceux que sa dialectique n'aurait pas convaincus et qui demanderaient « une foi mêlée d'un élément sensible ,» . ^ Elle est tirée de l'existence partout répandue d'un culte des morts, destiné à apaiser leur ressentiment et à s'assurer leurs bienfaits ; elle se fonde même sur ces oracles, où les ombres des trépassés viennent éclairer et secourir les consultants. La philosophie avait, depuis longtemps, fait état de l'antiquité du culte funéraire pour étayer la croyance à l'immortalité ^ et cherché dans les évocations des nécromants une preuve irréfutable de la survivance des esprits désincarnés*. Ne soyons donc pas trop surpris que Plotin ait recouru à de pareils arguments pour achever de convaincre ses auditeurs.

Suivant Plotin, exégète de Platon, avant de participer à la vie terrestre, les âmes, nous l'avons vu, demeurent de toute éternité dans le monde suprasensible. Tant qu'elles restent dans cette situation, elles sont exemptes de souffrances et vivent en dehors du temps, soustraites à toute mutabilité,

1. Cicéron, 'Cusc, I, 12, 27 ; cf. supra, ch. I, p. 13 j Aristote, Eudème, fr. 44, Rose.

2. Enn., IV, 8, fin : Iloôç xoùç Seopivouç it((txewi; at(j9ï|t;£i XExpa|xivfj(;. 3- Cf. su-pra, ch. III, p. 147 et ch. VU, p. 320.

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