‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 383 sur 468 · Enn., IV, 8, i (p. 217, Br · texte numérisé non relu

Enn., IV, 8, i (p. 217, Br

n'exerçant nulle activité intellectuelle, car elles ne' doivent rechercher aucune connaissance qu'elles ne possèdent déjà. De même qu'elles sont transparentes l"une pour l'autre, elles peuvent par introspection voir en elles-mêmes l'intelligence et le bien absolus. Comprises dans l'âme universelle, elles dominent le monde sensible sans y être elles-mêmes engagées. Pourquoi donc les âmes renoncent-elles à cet état bienheureux pour venir s'incarner sur la terre ? La question était ardue, et Plotin trahit ici sa perplexité, car Platon n'était pas sur ce point resté d'accord avec lui-même i. D'une part il disait l'âme enfermée dans le corps comme dans un tombeau ou une geôle, et regardait l'incarnation comme une dégradation et le châtiment d'une faute. D'autre part le Timée voulait que la bonté du Créateur eût envoyé l'âme universelle et les âmes particulières dans le monde afin que ce don du démiurge en fît le siège de l'intelligence et assurât sa perfection. L'incorporation était ici conçue comme un bien faisant partie de l'ordre nécessaire du cosmos. Comment concilier cette nécessité avec le libre choix qu'impliquait la culpabilité attribuée à l'ame ? Plotin s'est efforcé d'y parvenir, sans y réussir complètement.

Selon lui, de même que le monde intelligible contient une multiplicité d'intelligences engendrées par l'Un, de même le monde sensible doit renfermer une pluralité d'âmes par individualisation de l'âme universelle 2. « La multiplication des âmes, à son dernier degré, aboutit à leur dispersion dans la matière et à leur union avec les corps particuliers qu'elles font vivre. C'est là l'effet nécessaire de la loi de procession, dissémination progressive de la puissance universelle » 3. Ces âmes sont hiérarchiquement ordonnées afin que par leur intermédiaire le principe supérieur puisse opérer sur les réalités inférieures jusqu'aux plus basses. La descente des âmes fait ainsi partie de l'harmonie du cosmos* et elle est par suite une nécessité. Chacune entrera dans un corps d'homme ou d'animal dont la nature sera conforme à ses dispositions individuelles, et quand viendra l'instant marqué par le destin, elle s'incarnera de son plein gré, comme si, dans les jeux, elle répondait à l'appel du héraut. Elle cédera à une puissance irrésistible, comme dominée par l'action d'un charme magique s.

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