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CHAPITRE VIII. ~ LE NÉOPLATONISME

L*^^incarjnation est due néanmoins à une décision spontanée des âmes. Comme celles-di se trouvent à la limite du monde suprasensible, pour témoigner leur sollicitude à ce qui est au-dessous d'elles, elles s'engagent fatalement dans le sensible 1. Mais ce changement peut n'être pas délétère pour elles, car elles restent capables de contemplation intellectuelle et gardent même ici-bas le contact avec les idées. Mues par le désir louable de communiquer leur;S dons à tous les degrés inférieurs de la réalité, elles trouvent ainsi l'occasion d'exercer certaines facultés demeurées latentes dans l'intelligible 2, et l'expérience du mal peut même leur faire mieux apprécier la valeur du bien supérieur 3'. Toutefois la chute de l'âme est pour elle pleine de dangers. Si pendant son passage sur cette terre elle ne recherche pas les beautés corporelles, qui ne sont que des reflets et des ombres, mais continue à se tourner vers la beauté véritable et s'efforce de se soustraire aux sortilèges qui l'entourent, elle n'est point répréhensible, ni contaminée. Mais trompée par la ressemblance qu'offrent les simulacres du monde des sens avec les réalités du monde des idées, elle peut être séduite par leur attrait décevant et, cédant à une inclination irraisonnée, se précipiter vers eux. Elle se plongera alors dans la matière, de même que Narcisse, se penchant vers sa propre image aperçue dans le miroir des eaux, fut englouti dans leurs profondeurs*. Ainsi fractionnées, les âmes peuvent cesser de diriger leurs regards vers l'intelligible, s'affaiblir en s'isolant davantage, et s'éloigner, de l'ensemble dont elles sont issues en se liant plus étroitement au corps particulier qu'elles habitent. Enivrées de leur indépendance, elles usent de leur spontanéité pour courir à l'opposé de Dieu : arrivées au point le plus éloigné, elles ignorent même d'où elles viennent, comme des enfants arrachés à leur père et élevés longtemps au loin le méconnaissent, et eux-mêmes avec lui^. Celles qui se complaisent ainsi dans leur nouvelle condition vivent au milieu des ombres comme si elles étaient descendues dans l'Hadès ^. Elles deviennent passibles d'une peine et méritent d'être tourmentées par les démons vengeurs \ Lorsqu'elles quittent leur enveloppe mortelle, si elles ont gardé un attachement insensé pour le corpo-

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