CHAPITRE VIIL — LE NEOPLATONISME
dépendait de son union avec le corps : les perceptions des organes des sens, les émotions et les passions provoquées par l'impression des objets extérieurs. Toute sensibilité cesse au niveau de l'intelligible ; dans un calme immuable, l'âme s'y livre à la contemplation des beautés qui l'environnent et à l'exercice de sa pensée. La mémoire même des choses d'ici-bas s'oblitère en elle, et plus elle se hâte vers le haut, plus elle les oublie i. Au plus haut degré de la vie spirituelle, son intelligence même cesse de s'exercer ; elle perd toute conscience de soi : « L'âme ne se meut plus parce que le Bien auquel elle s'unit est immobile ; elle n'est même plus une âme, parce qu'il ne vit pas, mais qu'il est au-dessus de la vie ; elle n'est pas non plus intelligente parce que le Bien ne pense pas, et qu'elle doit être semblable à lui » 2.
Les dernières paroles adressées par Plotin sur son lit de mort à Eustochios expriment l'aspiration profonde de toute sa vie : « Je tâche d'élever le divin qui est en nous vers le divin qui est dans l'univers ' » . Une philosophie qui regarde comme le but suprême de la vie humaine l'union avec un Dieu transcendant, et qui espère l'obtenir par une purification progressive de l'âme, est essentiellement religieuse. Elle est dominée par l'idée maîtresse que la créature, soumise à l'esclavage de la matière corruptrice, peut garder un amour ardent des vérités supérieures, et que l'élan qui porte la raison vers le Bien et le Beau divins arrive déjà en cette vie à satisfaire cette passion incoercible. L'étude théorique de la voie qui conduit au Priemier Principe est elle-même un moyen de monter jusqu'à lui*. Un mysticisme fervent s'allie dans les spéculations les plus abstruses du philosophe à une métaphysique subtile ; elle la vivifie, lui prête une force émotive qui explique l'attirance qu'elle exerça et la grande transformation qu'feUe opéra dans les esprits à la fin du monde antique.
Plotin connaissait les cérémonies secrètes célébrées dans les temples de sa patrie ; et il fait souvent allusion à ce qui s'accomplissait à l'ombre des' sanctuaires. Il aime à emprunter des comparaisons aux mystères et à se servir de leur langage ; en un certain sens la sublimité de son mysticisme est la transposition philosophique de la dévotion contemplative et de l'adoration muette des fidèles d'Isis ^ La conviction que la vue de la divinité divinise,