‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 395 sur 468 · CHAPITRE VIII. -- LE NÉOPLATONISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. -- LE NÉOPLATONISME

Mais ce caractère des Oracles Chaldaîç'ues n'explique qu'imparfaitement les raisons qui leur assurèrent un prestige merveilleux aux yeux des disciples infidèiles de Plotin. Ceux-ci ne cessent d'invoquer leur témoignage, et ils citent leurs vers à Tappui de leurs spéculations, à peu près comme les écrivains chrétiens invoquent les versets de l'Ecriture. Porphyre et Jamblique en rédigent des commentaires — celui-ci en vingt-huit livres au minimum ^ — et Proclus allait jusqu'à dire que s'il en avait le pouvoir, il supprimerait tous les autres ouvrages pour n'en conserver que deux : les Oracles chaldaîques et le Timée de Platon 2. Les Néoplatoniciens vénèrent la sagesse « chaldéenne » à l'égal de celle d'Homère ou d'Orphée. Jamais on n'avait vu auparavant une révélation barbare agir à ce point sur le système d'une école philosophique grecque et en inspirer les théories.

Ces Oracles ne s'exprimaient pas avec la précision cohérente d'un traité métaphysique. Obscurs, ambigus comme tous les oracles, ils ont mis à l'épreuve la sagacité de leurs interprètes. Ils parlent souvent un langage imagé où la lumière physique est le symbole de l'illumination psychique. Comme dans les écrits hermétiques, la démonologie et le mysticisme de l'Orient s'y combinent avec un mélange disparate de doctrines philosophiques. Si nous en possédions autre chose qu'une poussière de citations, nous pourrions sans doute distinguer les éléments pythagoriciens, platoniciens, stoïciens qui sont entrés dans la composition de cet amalgame et donnent parfois à ce recueil mystique l'apparence d'un poème didactique. Mais comme dans la gnose, toute cette construction théologique a pour effet principal d'indiquer dans quelles conditions l'âme, exilée ici-bas, peut trouver la voie du salut, et c'est le point qui nous intéresse surtout ici.

A la suite de Platon les théurges chaldéens opposaient nettement le monde intelligible des Idées au monde sensible des apparences : ils avaient donc de l'univers une conception dualiste. Au sommet de leur panthéon ils plaçaient l'Intellect, qu'ils appelaient aussi le Père ( NoOç TcaTptxoç ). Ce dieu transcendant qui s'enveloppe de silence, est déclaré impénétrable, et cependant il est parfois représenté comme un Feu immatériel, d'où tout est issu. Au-dessous de lui s'étagent les triades du monde intelligible, puis les dieux qui siègent au-delà des sphères célestes ( à^covoi ) ou qui y président ( Çtovaioi ). Les créatures inférieures : anges, héros, démons, qu'unit la chaîne d'une connexion

I. Bidei, Ilotes sUr Julien (Bull. Acad. Belg., 1904), p. 501. Cf. ibid., 1919, p. 418. a. Marinos, T^. Procli, fia.

ininterrompue, s'abaissent par une continuelle dégénérescence jusqu'au règne de la nature {futjn;) à laquelle l'homme est soumis.

.L'âme humaine d'essence divine, étincelle du Feu originel, descendant par un acte de sa volonté les degrés de l'échelle des êtres, est venue s'enjfermer dans la geôle d'un corps, et son contact avec la matière qui la souille lui fait perdre le souvenir de sa préexistence supra-mondaine*. Dans le sombre séjour où. elle s'est fourvoyée elle devient l'esclave du Destin qui gouverne toute la nature, et seuls, grâce à leur piété, les théurges sont capables de se soustraire à l'a domination de la Fatalité ' . Dans son abjection, la masse grégaire, « lie » de la création, continuant à s'avilir, peut transmigrer même dans des corps d'animaux '^'.

Mais la semence ignée qu'il renferme incite cet esprit déchu à remonter vers sa source lumineuse. Cette ascension est quelquefois représentée comme produite par des agents physiques. Les Vents sont les véhicules qui élèvent les âmes légères vers le ciel<^, et celles-ci sont attirées aussi vers lui par les éléments aériens, lunaires et solaires, dont elles se sont revêtues en descendant sur cette terre ^. Le Soleil surtout, le dieu aux sept rayons avait, conformément à une vieille doctrine des « Chaldéens », le pouvoir d'attirer jusqu'à lui les âmes plongées dans l'abîme 6. Ailleurs au contraire, c'est la mythologie qui doit expliquer cette montée de l'esprit des morts. L'âme a besoin d'un dieu psychopompe qui lui serve de guide dans son voyage posthume ; il lui faut l'aide d'anges et de démons secourables pour échapper aux puissances hostiles qui la menacent, et im signe de reconnaissance (a-tjvOY][ji,a) lui est donné pour qu'elle obtienne le libre passage. Tandis qu'elle s'élève glorifiée, elle chante un péan triomphal'. Enfin, quand elle se sera dépouillée de toutes les enveloppes matérielles dont elle s'était chargée, l'âme bienheureuse sera accueillie dans le sein paternel du Dieu suprême. Cette félicité infinie des Elus est opposée aux supplices de la tourbe des réprouvés, livrés aux châtiments que leur infligent les démons du Tartare.

Page 1