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CHAPITRE VIII. — LE NÉOPLATONISME

épreuve. L'homme ne peut s'élever sur le chemin ardu de la perfection, et purifier son âme qu'en renonçant aux plaisirs des sens, en s 'affranchissant de toutes les passions que suscitent en elle son union avec le corps. La mollesse et la volupté s'opposent à l'effort nécessaire pour monter vers les cimes ^ L'âme n'y peut parvenir qu'en s'abstrayant par la force de sa volonté de tout ce qui la ramène vers la terre. Elle atteindra la vertu parfaite en se livrant assidûment à la contemplation intérieure, en se détournant des images sensibles pour ne considérer que les réalités intelligibles. Le sage qui se sera ainsi libéré de toutes ses attaches corporelles, peut, par ses seuls moyens, sans l'aide des rites ou des initiations, parvenir jusqu'au Bien suprême'^'. Son Nous ira rejoindre l'Être incorporel qui est partout et nulle part, et qui par son omniprésence propage dans l'univers entier son irradiation inépuisable et son énergie inlassable. La connaissance que la raison a acquise du mal pendant son passage ici-bas le lui fait détester, et elle n'éprouvera plus le désir de se réincarner ^ Essence purement spirituelle, ravie par une vision béatifique, dont l'extase terrestre est une anticipation éphémère, elle jouira dans le sein de Dieu d'une félicité éternelle*. Porphyre, en tout ceci, reste fidèle à l'enseignement de Plotin qu'il s'est borné à développer et à préciser avec une tendance ascétique plus caractérisée. Celle-ci résulte de l'opposition' radicale établie par lui entre l'âme, qui aspire constamment au divin, et un corps impur et corrupteur, A mesure que cette âme est descendue ici-bas, elle s'est revêtue de tuniques successives, qui l'ont couverte d'une enveloppe subtile de plus en plus épaisse. Proche encore de sa pureté originelle, elle a pris im corps éthéré. Voisin de l'immatériel ; passant ensuite de la raison à l'imagination, un corps solaire; puis en s'eff éminant, un corps lunaire^. Chacune des sphères planétaires a contribué à former son tempérament ^. Tombée enfin dans le monde sublunaire, l'atmosphère humide de vapeurs l'entoure de son

1. Porphyre, B-p. ad, Marc, 6 ss. — Cet opuscule, « testament spirituel du paganisme », vient d'être traduit en français par le P. Festugière. — Cf. Vacherot, op. cit. [supra, p. 345, n. 2], II, p. 53 ss.

2. De regres. anim., fr. 7 (p. 35, 13 ss. Bidez) = Aug., Civ. Dei, X, 27 ; cf. De Abstin., II, 49 et 54.

3. De regr. an., fr. 11, i (p. 39, 5 B.) = Aug., C. D., X, 30 ; cf. fr. 11, 6 (p. 42, 2 B.). — Même idée chez Plotin, supra, p. 356.

4. Ibid., fr. II, 5 (p. 41, 30 Bidez) = Aug. C. D., XIII, 19.

S- Porph., Sent, ad intell., 29, 2, avec les passages parallèles cités par Moimnert. — C/- Bidez, Fie de P., p. 89 ss.

6. Ibid., ,p. 13, 8 ; cf. Stobée, Ed., II, 388. Cf. Zeller, Ph. Gr., III, 2, p. 657, n.4. ~~ C'est la doctrine de Numénius (supra, p. 344) et des Oracles chaldaïques {supra, P- 361).

eidôlon, comme d'un nuage. Ce vêtement vaporeux, progressivement épaissi, qui est l'intermédiaire entre la matière et l'intellect, est pour Porphyre un souffle ( -ûveOixa ) ' analogue au corps astral des théosophes modernes. C'est grâce à lui que l'âme acquiert ses diverses facultés, éprouve des sensations, sent s'éveiller en elle les passions. Si elle s'y abandonne, et cède à son penchant pour les jouissances terrestres en se détournant de la contemplation des intelligibles, si elle renonce à l'activité rationnelle pour vivre de la vie des sens, elle s'en trouve à la fois alourdie et souillée.

Le Nous échappe à l'action des purifications rituelles, mais celles-ci agissent sur l'âme pneumatique. La cathartique des théurges peut l'aider à regagner le ciel. Si les cérémonies du culte, les initiations aux mystères sont superflues pour assurer le salut du sage, elles peuvent être nécessaires à la foule des âmes appesanties par leur inclination vers la matière ^. Grâce à la théurgie ces âmes, encore entourées d'un corps diaphane, 3 peuvent être portées à travers les airs par un démon ami*, car l'atmosphère est l'habitat des démons, qu'ils soient bienfaisants ou hostiles. L'âme qui a franchi ce passage redoutable ira vivre dans les sphères astrales ou même au delà, dans l'empyrée parmi les dieux et les anges qui y ont leur séjour". Mais elle ne peut s'élever jusqu'à l'Être suprême, afin de s'unir à lui pour toujours. Son bonheur ne sera pas éternel". Elle sera contrainte de redescendre sur la terre, de s'y incarner dans un nouveau corps humain, bien que selon Porphyre, — qui s'oppose ici à Plotin, — elle ne subisse jamais la déchéance d'habiter celui d'un animai.

Porphyre réservait donc à une élite de penseurs contemplatifs la rédemption définitive au sein du Bien absolu que Plotin assignait comme but à l'existence humaine. Il maintenait pour la masse la nécessité du culte pratiqué dans les temples, mais sans lui accorder d'autre vertu que l'efficace limitée d'un salut imparfait et temporaire ».

1. Ce uveûi^a de Porphyre est l'équivalent de roxriiJ.a, du « véhicule » de Proclus, cf. Mages hell., II, p. 276, n. 2. Augustin traduit 4'ux,'n itvEuiixxDCT^ par anima spiritalis et l'oppose à l'anima intellectualis (voepà «l/ux*))-

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