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CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES

recommandant une modération dont on avait souvent lieu de déplorer l'absence . Elle exigea de plus qu'une partie du festin fût distribuée aux pauvres. La foi en une immortalité spirituelle se conciliait tant bien que mal avec le culte sépulcral. Au ciel l'âme restait attachée, croyait-on toujours, au lieu où reposait le corps qu'elle avait quitté et pour quelque raison secrète se réjouissait des honneurs rendus à la sépulture '. Ainsi dans un grand nombre de pays chrétiens, et notamment en Grèce, a survécu jusqu'à nos jours la coutume non seulement de déposer de la nourriture sur les tombes, mais encore d'y festoyer avec l'idée que de quelque façon mystérieuse les morts participent à ces repas et y prennent plaisir».

Libations nutritives et sacrifices sanglants, mets déposés et repas célébrés sur les tombes, toutes les pratiques du culte des morts que nous avons signalées jusqu'ici, remontent au temps où les lointains ancêtres des Grecs et des Italiotes, des Celtes et des Slaves, des Perses et des Hindous vivaient encore en commun. Comme l'a déjà noté Fustel de Coulanges, « ces rites sont ce qu'il y a de plus vieux dans la race indo-européenne et ce qu'il y a eu de plus persistant » *. Mais ce ne sont pas les seuls dont nous constations l'existence dans la Rome des Césars. La grande évolution religieuse qui assura en Occident la diffusion des mystères orientaux, ne pouvai^ rester sans influence sur les manifestations de la piété envers les trépassés. Une foule de marchands, de soldats, d'esclaves et d'affranchis originaires du Levant vivaient en Italie et dans les provinces latines. Ils continuèrent naturellement à suivre pour les funérailles et les honneurs rendus aux défiants les coutumes de leur} patrie, et leur exemple trouva de nombreux imitateurs dans la population métissée des villes et des latifundia. Aussi voit -on apparaître en Europe, même dans ce culte des morts, où l'esprit conservateur s'affirme avec tant de force,

1. Constit. A-post., VIII, 42 ; Gregor., Anth. Pal., VIII, 166, 167, 170, 172. — Cf. Dôlger, A. C, VI, 1936, p. 292 s.

2. Novelle de Valentinien, III, de 447 ap. J. C, n" 23 (éd. Mommsen-Meyer) : « Amant animae sedem corponim rellctorutn et nescio qua sorte rationis occultae sepulcri honore laetantur. »

3. Sartori, op. cit. {supra, p. 29, n. 2], p. 18 s. — En Grèce : Gjerstad, A. Religiv., 1928, XXVI, p. 154 ss. ; Schmidt, Ibid., 1927, XXV, p. 63 ss. ; Lawson, p. 535. — Chez les Slaves, cf. N. C, Il et Murko, Dos Grab aïs "Cisch., p. 80 ss.

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