CHAPITRE VIII. — LE NÉOPLATONISME
avait voulu se consacrer à l'étude des lettres et de la philosophie, s'érigea en défenseur de l'hellénisme, qui, après avoir été menacé, faisait preuve alors d'une vitalité nouyelle. Il voulut protéger cette culture civilisatrice du monde contre la barbarie des « Galiléens » menaçant de détruire les biens spirituels que la religion des aïeux avait créés et préservés. L'homme d'Etat put se croire appelé à être le sauveur de l'Empire, que l'abandon de ses traditions sacrées et la conversion à une foi subversive avaient accablé de maux. Mais si la politique n'y fut pas étrangère, l'apostasie de Julien, ses propres paroles en témoignent, fut avant tout le résultat d'une crise psychologique de son âme inquiète. Il obéit à une vocation intime, à l'appel d'un tempérament mystique i. Il raconte lui-même que dès son enfance l'attrait de la splendeur du soleil, la contemplation du ciel étoile le plongeaient dans un ravissement extatique 2. Lorsqu'à l'âge de vingt ans il 'entendit parler des prodiges accomplis par le philosophe Maxime à Ephèse, il n'eut de cesse qu'il ne fût allé le retrouver 3 et, initié par lui secrètement aux préceptes de la théurgie, il accorda dès lors aux mystères platoniciens une adhésion enthousiaste. Nous avons conservé de lui une lettre où il presse son ami Priscus de lui procurer le commentaire de Jamblique sur les Oracles chaldmçues, et proclame ce sage « le maître vraiment divin, le premier après Pythagore et Platon » *. S'il renia le christianisme, ce fut avant tout l'œuvre des théurges platoniciens, dont il se montre éperdument épris. Le rhéteur païen Libanius ^ note que Julien fut sauvé « lorsqu'il eut rencontré des hommes imbus des doctrines de Platon, qu'il eut entendu parler des di^*ux et des démons qui en vérité ont fait cet univers et le conservent, qu'il eut appris d'eux ce qu'est l'âme, d'où elle vient, où elle va, ce qui la fait déchoir, ce qui la relève, ce qui la déprime, ce qui l'exalte, ce que sont pour elle la captivité et la libération, comment elle peut éviter l'une et atteindre l'autre » . On trouve fortement marquée dans ce passage la préoccupation essentielle d'assurer son salut avec l'aide des dieux, que l'Apostat manifeste en maint passage de ses écrits.
Si nous nous demandons quelle forme avait prise dans ses convictions cette foi en l'immortalité que devait lui valoir sa piété, nous verrons qu'elle est conforme à cette théologie solaire qui avait pour premiers auteurs les