Dodds, vp. cit., p. XXV
3- Pierre Courcelle; Les lettres grecques en Occident, 1943, p. 436. 4. H. J. Marrou, S. Augustin et la culture antique, Paris, 1938, p. 28 ss. ; 418 ss. ; Gourcelle, of. cit.., p. 137 ss.
les ruines et étendent la désolation, tant de soucis angoissants obsèdent les esprits qu'ils cessent de s'intéresser à de hautes spéculations qui exigent la liberté paisible de la pensée. En outre une insécurité constante, en rendant presque impossibles les communications entre les diverses parties de Vorbis romanus, avait détruit les rapports intellectuels en même temps que les relations d'affaires, et amené une régression spirituelle autant qu'économique. Chaque région vivait dans un isolement où s'appauvrissait la tradition scientifique, et les Latins des provinces soumises aux barbares ne connaissaient plus les controverses qui se poursuivaient dans les écoles de l'Orient. Il est significatif que l'œuvre de Proclus, dont l'autorité fut si grande chez les Grecs, semble être restée inconnue en Occident pendant toute la durée de sa vie, ec qu'elle ne paraisse pas avoir été traduite en latin avant qu'au XII le siècle Guillaume de Moerbecke assumât cette tâche. Il fallut attendre la renaissance éphémère de la culture hellénique dans l'Italie pacifiée de Théodoric pour qu'on s'y adonnât à l'étude des derniers Platoniciens. Boëce les mit à contribution, en particulier pour sa Consolation, * testament spirituel qu'il écrivit ava,nt sa mort tragique (5/5), presque exactement à la date où Justinien mit fin définitivement à l'existence millénaire de l'Académie athénienne (529). Habent sua fata Ubelli : cette oeuvre pathétique, d'une grande élévation morale, mais dépourvue d'originalité, jouit d'une vogue durable pendant les âges suivants. Indéfiniment reproduite, commentée, imitée, elle fut un des intermédiaires par lesquels les idées néoplatoniciennes pénétrèrent dans la théologie médiévale.
C'est assurément un phénomène paradoxal de l'histoire intellectuelle de l'Europe que celui du néoplatonisme se montrant impuissant dans son effort pour revivifier le paganisme moribond, mais fourbissant les armes dont se servit contre lui la religion qu'il combattait. Ni l'incrédulité épicurienne, ni l'indécision péripatéticienne ne pouvaient se concilier avec les doctrines chrétiennes sur le salut de l'âme. Certains auteurs ecclésiastiques cherchèrent à s'accommoder du matérialisme stoïcien 2, mais ce fut au néoplatonisme qu'il appartint de contribuer à fixer les dogmes qu'adopta et que fit triompher la théologie de l'Église.
De leur vivant Plotin et Porphyre avaient acquis leur réputation à Rome et y, avaient joui de la faveur de l'aristocratie et de la cour. Longtemps après