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CHAPITRE VIII. — LE NÉOPLATONISME

leur mort, leur prestige devait se maintenir dans les cercles intellectuels de l'Europe latine 1. Sous l'influence de leurs idées il se forma en Occident une école néoplatonicienne dont l'histoire n'a pas encore été suffisamment étudiée. On continuait à lire au IV« siècle les œuvres du Maître génial qui avait fondé une métaphysique nouvelle, et celles du clarificateur lucide de sa pensée. C'est ainsi que saint Augustin, pendant son séjour à Milan, fut amené à en prendre cormaissance. Dès avant sa conversion il lut dans les traductions de Marius Victorinus des traités de Plotin, notamment le célèbre exposé « Sur le beau » (p. 357) et parmi les œuvres de Porphyre, il connut le livre Sur le retour de l'âme à Dieu, dont les théories le préoccupaient encore dans sa vieillesse, à l'âge où il écrivait la Cité de Dieu^. Il a décrit lui-même, en des pages émouvantes, l'effet profond que produisirent sur lui ses premières lectures. Ce fut comme un éblouissement, une révélation soudaine qui illumina son esprit. Il fut dès l'abord conquis par un spiritualisme intégral, et par une conception optimiste de la création, qui le délivraient des doutes que lui avaient laissés, le matérialisme et le dualisme manichéens 3. Les doctrines plotiniennes de la transcendance de Dieu, du mal considéré comme une privation, du Nous identifié avec le Verbe médiateur, lui paraissaient s'accorder merveilleusement avec la foi chrétienne. Pour la question dont nous nous préoccupons surtout ici, Augustin apprit dans ces livres que l'âme immatérielle doit fuir tout contact avec le corps, que descendue du ciel dans le monda terrestre, c'est en se délivrant de ses attaches charnelles qu'elle parviendra au bonheur et obtiendra cette vision de Dieu dont jouissent perpétuellement les Elus^.

La diffusion immense des œuvres d'Augustin dans le monde latin à travers les siècles chrétiens ont fait d'elles le véhicule le plus puissant des idées platoniciennes incorporées au christianisme. A la vérité, lui-même, lorsque s'acheva son évolution intellectuelle, s'était déjà aperçu qu'à bien des égards les idées qui l'avaient d'abord séduit, étaient inconciliables avec sa foi éclairée ^.

I- Augustin, E-p. CXVIII, V, 33 {Corp. scr. eccl. lat.^ p. 697) : « Plotini schola Ronaae floruit ». Cf. Paul Henry, o-p. cit. [sufra, p. 345, n. 2], p. 234 ss.

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