CHAPITRE VIII. — LE NÉOPLATONISME
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Nous avons montré au début de ce livre comment le culte funéraire célébré sur la tombe s'était en bien des pays maintenu immuable à travers la suite des générations, et comment des rites et des convictions remontant à l'époque reculée où les Aryens n'étaient pas encore séparés les uns des autres se sont conservés jusqu'à nos jours dans les croyances et les pratiques des divers peuples indo-européens. Aucune tradition ne fut, nous l'avons noté, plus persistante que celles de la religion des morts, que l'on craignait d'offenser si on ne les honorait pas avec la vénération scrupuleuse qui leur était due. Cette foi populaire, dont le folklore conserve tant de manifestations ataviques, n'est pas le seul héritage que l'homme moderne ait reçu de ses aïeux romains. En même temps que cette dévotion naïve des foules, à l'autre pôle de la société l'antiquité païenne a fait accepter aux esprits modernes quelques-uncis des doctrines les plus élevées qu'ait élaborées l'élite de ses penseurs, et elles s'imposent encore avec force aux croyants dans l'Europe chrétienne.
A la persuasion que les esprits des morts continuaient à habiter une étroite sépulture ou bien descendaient dans les ténèbres d'un royaume souterrain, s'était substituée d'abord celle qu'ils pouvaient, si leur piété l'avait mérité, monter vers le ciel pour vivre au milieu des astres divins. De ces hau.;teurs' éthérées ils pouvaient jouir du speotacle enivrant de la merveilleuse beauté du monde, ouïr les accords de l'harmonie des sphères ; et la^ raison, libérée des organes corporels, satisfaisant le désir insatiable de savoir, qui est inné en elle, était pleinement instruite des causes éternelles de tous les phénomènes de la nature.
Cette eschatologie donnait déjà le ciel pour patrie au principe igné qui nous anime ; mais l'âme, qui continuait à habiter le cosmos, n'était pas conçue comme incorporelle. Ce fut le néoplatonisme qui, transférant la demeure des esprits vertueux au delà des limites de l'univers dans un séjour suprasensible, spiritualisa cette conception matérielle de la félicité dans l'au-delà. L'extase de Plotin ne s'arrête pas aux dieux visibles du firmament : à ses yeux l'âme qui a gardé sur la terre uiie pureté parfaite peut être emportée au delà même du monde des idées et, dans un élan d'iaraour, atteindre l'Unité divine où elle se plonge, affranchie de toute conscience et de toute forme. Selon cette ardente spiritualité, la prisonnière enfermée ici-bas dans une gangue terreuse, soumise aux épreuves que lui infligent ses appétits matériels, aspire
à trouver une paix éternelle et une joie inexprimable dans l'immuable contemplation de l'Être suprême.
Vision béatifique de la splendeur de Dieu^, perception immédiate de toute vérité, amour mystique de la Beauté ineffable, voilà les sublimes spéculations qui devaient être indéfiniment reproduites et développées après la chute du paganisme. Effort impuissant pour se représenter un état inconcevable à toute imagination humaine, elles expriment la fervente aspiration des âmes religieuses vers un idéal de perfection et de félicité.