II. — FUNÉRAILLES CHEZ LES INDO-EUROPÉENS
(Chapitre I, p. 19).
Un texte cité par Schrader-Nehring s. v. « Ahnencultus », p. 18, §2, montre d'une manière frappante quelle étroite affinité unit les coutumes funéraires des Slaves et Baltes <iu moyen-âge à celles des anciens Grecs et Romains. Il est tiré de Joh. Lasicius De dits Samagitarum, Bâle, 1615, ch. 57, qui reproduit Jan Malecki (Johannes Menecius, De sacrificiis et idolatria Borussorum, Lîvonum {Scri-pt. rerum Livon., II, p. 389 ss.) : « Qui funus mortuo faciunt, nummos proiciunt in sepulcrum, futurum mortui viaticum (i) ; panem quoque et lagenam cervisiae plenam ad caput cadaveris in sepulcrum illati, ne anima vel sitiat vel esuriat, collocant (2). Uxor vero, tam oriente quam occidente sole, super extincti coniugis sepulcrum seaens vel iacens lamentatur diebus triginta (3). Ceterum cognati célébrant convivia die a funere tertio, sexto, nono et quadragesimo ; ad quae animam , defuncti invitant precantes ante ianuam (4) : Ubi tacite assident mensae tanquam muti (5), nec utuntur cultris (6) ministrantibus duabus mulieribus, sed absque cultris, cibumque hospitibus apponentious. Singuli vero de unoquoque ferculo aliquid infra mensam abiciunt, quo animam pasci credunt, eique effundunt (7). Si quid forte décidât in terram de mensa, id non toUunt, sed desertis,
(1) Sur la coutume de mettre des pièces de monnaie dans la tombe comme « viatique » cf. supra p. 213, ce qui est dit de l'obole de Charon, et Van Gennep, I, p. 719 ss., sur « le Sou du mort ».
(2) Faim et surtout soif des morts : cf. supra, ch. I, p. 29.
(3) Sur les lamentations funèbres, cf. supra, p. 20. Des détails précis sur les lamentations usitées chez les Russes sont donnés par Olearius ou Oelschûger qui fut ambassadeur du duc de Holstein de 1633: à 1639, cf. Voyage en Moscovie, trad. Wicquefort, 2^ édition, 1727, t. I, p. 375 ss. : Les parents, hommes et femmes se rangeaient autour de la couche du défunt et pleuraient sa perte, en lui demandant pourquoi il s'était laissé mourir. Les femmes continuaient à proférer ces plaintes pendant le cortège funèbre. Celles-ci étaient reprises encore sur la sépulture et répétées certains jours de l'année.
(4) Banquets fimèbres à trois jours déterminés : cf. supra, p. 36. Olearius signale chez les Russes un premier repas, arrosé d'hydromel et d'eau de vie dans la maison mortuaire, lorsqu'on y rentre (p. 379 b.), et un deuil de quarante jours pendant lequel on fait trois festins, les troisième, neuvième et vingtième jours.
(5) Silence observé de peur qu'une parole de mauvais augure irrite le mort : cf. supra, ch. I, p. 36 et N.C. V, p. 396. Une légende voulait qu'Oreste, arrivant à Athènes encore souillé du meurtre de sa mère, n'eût pas été reçu par les Aréopagites, mais qu'on lui eût servi un repas sur une table séparée et sans lui adresser la parole (Euripide, Iphig. Taur. 943 ss.; Plutarque, Quaest. conviv. 613 b ; 643 a). Peut-être est-ce là un mythe étiologique destiné à expliquer le silence observé à une certaine époque pendant les théoxénies en l'honneur du héros Oreste (cf. Deubner, Attische Veste, 1932, p. 93 ss.).
(6) Probablement à cause de la prohibition de se servir du fer pour un usage qui était! antérieur à l'âge où fut introduit ce métal. Les exemples d'une telle défense sont nombreux ; cf- Hastings, s. v. « Arval brothers », p. 8 b; et s. v. « Bridge », p. 855 a. Injra, N. C. XXV.
(7) Reliefs du festin jetés sous la table pour nourrir les morts, cf. Malten, R.E. Suppl. IV, s. V. « Ker », p. 892 ; et supra, p. 36.
ut ipsi loquuntur, animis, quae nuUos habent vel cognatos vel amicos vivos, a quibus excipiantur cpnvivio, relinquunt manducandum. Peracto prandio surgit a mensa sacrificulus et scopis domum verrons animas mortuorum cum pulvere, tanquam pulices, haec dicens eicit : « Bdistis », inquit, « bibistis, animae : ite foras, ite foras (i). Post haec incipiunt convivae inter se oolloqui et certare poculis, mulieribus viris praebibentibus et viris vicissim illis, seque invicem osculantibus ».